Le jeune seigneur, cependant, par-dessus la haie fleurie, avait aperçu Isoline ; il s’arrêta, charmé aussi.

— Veuillent les bonnes fées, s’écria-t-il, que vous soyez la fille du roi de Mataquin ! car je viens pour l’épouser, et il n’y a rien sur la terre d’aussi charmant que vous.

— Je suis la princesse Isoline, dit-elle.

Ils ne parlèrent plus, se regardant toujours ; à partir de ce moment, ils s’aimèrent d’une tendresse si ardente qu’il n’y a pas de mots pour l’exprimer.

III

On juge de l’embarras où se trouvèrent le roi et la reine ! Ce n’était pas à des ambassadeurs, cette fois, qu’il fallait répondre, mais à leur fille elle-même, suppliant, pleurant, jurant qu’elle ferait une maladie si on ne la mariait avec son amoureux, et qu’elle en mourrait à coup sûr. D’autre part, le prince Diamant n’était pas de ceux qu’il est facile d’évincer ; il était fils de l’empereur de Golconde, il pouvait mettre en campagne contre ses ennemis quatre ou cinq armées dont une seule eût suffi à ravager plusieurs royaumes ; il y avait donc tout à craindre de sa colère, et il ne manquerait pas de s’irriter grandement si la princesse lui était refusée. L’instruire du sort affreux réservé à Isoline, ce n’était pas pour sortir de gêne ; il n’aurait pas ajouté foi à un récit aussi peu vraisemblable, aurait cru qu’on voulait se moquer de lui. Si bien qu’attendris par leur fille et s’effrayant du prince, le roi et la reine en vinrent à se demander s’ils ne feraient pas aussi bien de laisser aller les choses comme si aucun désastre n’en devait résulter ; il se pouvait, d’ailleurs, que la fée Urgande, après tant d’années, eût renoncé à sa vengeance. Enfin, non sans beaucoup d’hésitations, d’excuses, de retards, ils consentirent à l’hymen des deux amants, et jamais on n’avait vu, même dans une noce royale, de mariée plus belle, ni de plus heureux marié.

IV

A vrai dire, le roi et la reine étaient loin de se sentir tranquilles ; après la fête, quand ils se furent retirés dans leur appartement, il leur fut impossible de dormir. A tout instant ils craignaient d’entendre des cris, des enfoncements de portes, de voir apparaître le prince fou de désespoir et d’épouvante. Mais rien ne troubla le calme nocturne ; ils se rassurèrent peu à peu : sans doute ils avaient eu raison de penser que la mauvaise fée avait rétracté sa prophétie ; le lendemain des noces, ils entrèrent sans trop d’inquiétude dans la salle du trône, où les nouveaux époux ne tarderaient pas, selon la coutume, à venir s’agenouiller sous la bénédiction royale et paternelle.

La porte s’ouvrit.

— Ma fille ! s’écria le roi plein d’horreur.