Hélas ! le roi ne craignit pas de se parjurer encore ; dès qu’il eut entre ses bras sa fille bien vivante, il ordonna à ses courtisans de chasser l’impertinent oiseau.
Alors il se passa une chose qui sembla fort étonnante à beaucoup de personnes.
La petite fille du roi parut plus petite encore et, diminuant toujours comme un flocon de neige au soleil, elle finit par être une frêle créature ailée moins grosse qu’un poing d’enfantelet. La plus jolie des princesses était devenue la plus jolie des oiselles ! et tandis que son père, se repentant trop tard de son ingratitude, tendait des bras désespérés, elle s’envola avec le rossignol vers les grands bois voisins où elle apprit bien vite comment on fait les nids.
LE CHEMIN DU PARADIS
Comme elle avait refusé d’épouser le neveu de l’empereur de Germanie, on avait mis la princesse, par ordre de son père, dans la plus haute chambre d’une très haute tour, d’une tour si haute que les nuages planent plus bas, et que les martinets eux-mêmes ne viennent point y faire leurs nids, sentant leurs ailes lasses avant que d’y atteindre ; ceux qui voyaient de loin la robe blanche de la captive frémir sur la plate-forme à mi-chemin du ciel, croyaient plutôt d’un ange tombé du paradis que d’une jeune fille montée de la terre. Et, tout le jour, toute la nuit aussi, Guillelmine ne cessait de se lamenter ; non pas seulement parce qu’on l’avait éloignée de ses compagnes avec qui c’était son plaisir de jouer aux tables ou d’aller, le tiercelet au gant, chasser la perdrix ou le héron, mais parce qu’elle était séparée d’un joli page de guerre, appelé Aymeri, boucles blondes et les joues si roses, à qui elle avait donné son cœur, pour ne jamais le reprendre.
De son côté, Aymeri n’avait pas l’âme moins désolée, et, une fois, accoudé à la fenêtre de la geôle où on l’avait enfermé, baissant la tête vers le précipice pierreux qui entourait la prison, il prononça tristement ces paroles :
— Que me sert-il de vivre, puisqu’on m’a dérobé celle qui était l’unique bonheur de ma vie ? Lorsqu’il m’était permis d’être auprès d’elle, je me plaisais à espérer de longs jours pleins de nobles combats et d’aventures victorieuses ; j’enviais toutes les gloires, que je lui aurais offertes comme un berger qui revient de la plaine donne à son amie un bouquet de fleurs des champs ; je voulais être illustre pour qu’elle m’en récompensât d’un sourire. Mais, à présent qu’on me l’a prise, je n’ai plus souci des triomphes ni de mon nom fameux par toute la terre ; à quoi bon cueillir des fleurs que ne baisera pas une bouche adorée ? et je ne prends plus d’intérêt à aucune chose dans ce monde. Vous pouvez vous clore, tristes yeux qui ne verrez plus Guillelmine !
Avant achevé de parler, il monta sur l’appui de la fenêtre, et se laissa tomber vers le précipice de pierres.
Mais, depuis un instant, trois hirondelles s’étaient posées non loin de là sur la branche d’un acacia en fleur ; battant des ailes et trissant dans le remuement du feuillage, elles n’avaient pas perdu un mot du discours d’Aymeri, malgré leur air de n’y pas prendre garde.
— N’est-ce point grand dommage…