Les portes du harem restent toujours fermées et c’est le Harem Kiahyassi (intendant du harem) qui en garde les clefs. Une armoire ronde et pivotant sur son axe facilite le service, tout en empêchant que les serviteurs et les servantes puissent se voir. Les objets une fois placés du côté des servantes, on fait tourner l’armoire sur son axe pour les mettre à la disposition des serviteurs. Le service de Dolap était permis seulement aux aïvazes: ceux-ci étant des Arméniens, le maître de la maison leur laissait ce service, à cause de la différence de religion peu favorable à l’éclosion de sentiments trop intimes.
La plupart des konaks possèdent dans leurs jardins un grand havouse (bassin). Les bains particuliers ne diffèrent presque pas des bains publics; ils ont leur apodyterium, leur tepidarium et leur caldarium, mais sur une échelle plus réduite.
Les cuisines ne ressemblent pas du tout aux cuisines occidentales. Une grande cheminée cintrée est divisée à l’intérieur en compartiments de différentes grandeurs, destinés aux marmites grandes et petites. On n’y brûle que du bois et du charbon de bois.
Les petites maisons (éve) ont à peu près la même distribution intérieure que les konaks. Au lieu d’être séparées en deux parties différentes comme les konaks, ces maisons n’ont qu’une ou deux chambres, destinées l’une au selamlik et l’autre au harem. Deux escaliers séparés conduisent à chacune de ces parties.
Les salles sont également vastes. Les cuisines sont en dehors et, au lieu de bains, il y a un goussoulhané ou lieu d’ablutions. En guise de réservoir, de nombreuses jarres enfoncées dans la terre du vestibule conservent l’eau nécessaire au ménage. Le porteur d’eau, sans ouvrir la porte, verse le contenu de son kirba (sac en cuir) dans le creux d’une pierre taillée en forme de cassette carrée, fermée par un cadenas dont le porteur d’eau possède la clef; l’eau s’écoule ensuite dans les jarres au moyen de tuyaux.
Malheureusement, toutes ces anciennes maisons ont disparu aujourd’hui, cédant la place à des constructions laides et difformes, peintes de couleurs criardes et d’un goût banal. Dans tout Constantinople, on ne trouve plus qu’une vingtaine de ces vieilles maisons, dont la plus ancienne ne remonte qu’à l’époque du sultan Mahmoud II; des réparations successives lui ont d’ailleurs fait perdre beaucoup de son aspect primitif.
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C’est dans les quartiers de Yuksek Kaldirim, Ak-Seraï et d’Eyoub qu’on a le plus de chance de découvrir quelques-unes de ces anciennes maisons. Parmi les faubourgs qui semblent conserver davantage de leurs anciennes habitations, on peut citer les villages d’Anatoli-Hissar, Arnaout-Keuy, Yeni-Keuy, Tchenguelkeuy, Kousgoundjouk et surtout Scutari, qui possèdent encore quelques types d’anciennes maisons condamnées malheureusement à disparaître d’ici une dizaine d’années. Comme habitations anciennes, nous pouvons citer l’Ambassade de France à Therapia qui appartenait autrefois au prince Ypsilanty, et qui fut confisquée par le Sultan pour être donnée au général Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople. Les Français, qui savent si bien apprécier les choses d’art et les restes de l’antiquité, conservent son caractère à cet intéressant édifice.