Mosquée de Kahrié.—Intérieur de la chapelle latérale. (Parekklesion.)
Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion, Yedi-Koulé (les sept tours), appelées aussi par les Grecs Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre posés les uns sur les autres.
Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768 enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow, chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia (lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats. Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner dans son pays.
Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui existaient alors dans son enceinte.
Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu plus loin, la tour de Saint-Romain.
A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans Soulou Koulé (tour mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile. Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait, dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé sous Alexis Comnène.
La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de l’ennemi pendant le siège.
A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus célèbres était celle de Marmara Koulé, la tour de marbre, dont le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette tour, il en existait une autre appelée par les Turcs Arab Koulessi et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte, une échelle nommée tach iskellessi était autrefois utilisée pour le débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à Pigi par voie de mer.
La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens. Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son emplacement, qui était voisin de l’Acropole.
Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, Galata Koulessi, et qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40 mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux. Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre forme.