V.—LES PORTES

Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie des portes.

Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles» (Yeni), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes. Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes, qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres, les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages historiques.

Pl. 15.

Sainte-Sophie.—Porte en bronze. Mosquée de Kahrié.—Chapiteau avec croix de l’église Khora.

Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes:

1o Aurea Porta (Porte Dorée), (Yaldizli Kapou):

Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale. L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait de cette porte.

A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la porte comprise dans le château des Sept-Tours.