Sous le sultan Abdul Medjid, on confia à Fossati une restauration générale de la mosquée; il consolida la coupole à l’aide d’un cercle en fer et redressa plusieurs colonnes qui avaient perdu leur position verticale primitive.

Autour de l’édifice se trouvaient des annexes, telles que le puits sacré, l’horologion, le Metatorion et le Triclinium de Thomaïtès; ce dernier qui était une dépendance des appartements du Patriarche, renfermait une bibliothèque et un baptistère construit par Justinien et existant encore aujourd’hui.

Ce baptistère (actuellement turbé du sultan Moustafa Ier et d’Ibrahim I) fut d’abord transformé en magasin pour les huiles servant à l’éclairage de la mosquée. Il s’ouvrait au nord par une porte qui donnait sur une petite cour à portique; de là, on gagnait un escalier menant à une petite chapelle installée à la hauteur du gynécée. Cette chapelle communiquait, à son tour, avec le gynécée par une porte qui, murée probablement par les Turcs lors de la conquête, n’a été ouverte que beaucoup plus tard par l’architecte Fossati au moment où il réparait la mosquée.

État actuel de Sainte-Sophie.—Après la prise de Constantinople par les Turcs, le sultan Mehmed II convertit l’église en mosquée et y ajouta un minaret ainsi que les deux contreforts du sud-est. Bayazid II fit construire un autre minaret au coin de la porte du palais. Selim II éleva, en 1569 deux autres minarets et plusieurs murs de soutènement. Murad III fit placer à l’intérieur de Sainte-Sophie les tribunes en marbre et les deux grandes urnes d’albâtre provenant de Pergame et qui peuvent contenir chacune 1.200 litres d’eau. L’Alem, croissant en bronze doré, est venu surmonter le dôme par les soins de Mehmed pacha, grand vizir. Les mosaïques qui représentaient les images des saints ont été recouvertes, soit par des inscriptions, soit par une forte toile sur laquelle on passa le badigeon, car la religion musulmane ne permet pas d’avoir des icônes dans les mosquées. Seuls, les quatre anges aux six ailes déployées qui ornaient les quatre pendentifs de la coupole sont encore visibles aujourd’hui, mais sur les visages on a peint de grandes étoiles dorées. Les mosaïques des bas côtés et de la galerie supérieure n’ont subi aucune altération; la nuit, quand l’intérieur de la mosquée est illuminé par des milliers de candélabres, on aperçoit par un effet de lumière les croix encastrées dans ces mosaïques.

L’autel fut remplacé par le Mihrab, tourné un peu plus au sud vers la Kaaba[36] (la Mecque). Les tapis qui recouvrent les dallages sont également disposés de façon à ce que ceux qui prient aient le visage tourné vers la Kaaba[37], ce qui leur donne une direction légèrement oblique par rapport aux lignes architecturales de l’ancienne église. Les deux grands candélabres du Mihrab ont été offerts par Suleiman le magnifique en 981 de l’hégire.

[36] Les musulmans donnent à cette direction le nom de Kiblé.

[37] Cette disposition oblique permet de reconnaître les mosquées qui furent primitivement des églises. Les mosquées dont le mihrab est droit ne peuvent donc être considérées comme d’anciennes églises. Pourtant quelques petites mosquées où la disposition du terrain obligea l’architecte à donner aux lignes architecturales une direction différente de celle de Kibla, font certainement exception.

A droite du Mihrab se trouve le Mimber (chaire), où tous les vendredis on fait la prière solennelle et le Khotba[38]. Le Mimber consiste en une chaire, surmontée d’un dôme pointu, où l’on accède par un escalier très raide, et orné d’une magnifique balustrade. En face du Mimber et à gauche du Mihrab se trouve une tribune supportée par des colonnes et munie d’un grillage doré. Cette tribune, qui est réservée au Sultan, s’appelle Hunkian Mahfili. Elle a été construite par Ahmed III. Avant cette époque, la tribune était adossée au mur.

[38] Discours adressé au peuple.

On voit aussi dans la mosquée plusieurs plates-formes à grandes estrades, dites muezzine mahfili, uniquement réservées aux muezzines (chantres). A la hauteur du gynécée sont suspendus, le long de la Mosquée, d’immenses disques portant les noms des Sahabés (les compagnons du prophète). Ils sont l’œuvre du calligraphe Teknédji Zadé Ibrahim effendi[39] (1060).