PREMIÈRE PARTIE
A TRAVERS BYZANCE
CHAPITRE PREMIER
PRÉCIS HISTORIQUE
I.—L’HISTOIRE DE LA VILLE JUSQU’A LA CONQUÊTE TURQUE
Byzance[1], capitale célèbre dans l’histoire autant qu’Athènes et Rome, s’élève sur les hauteurs qui s’étendent entre la Corne d’Or, la Propontide et le Bosphore.
[1] Byzance a porté successivement les noms de Byzantion, Nova Roma, Constantinopolis, qui furent adoptés par les Grecs. Les Arabes l’ont nommée Constantinié ou Farouk et les Turcs l’ont appelée Islamboul Dersaadet, Deralié, mais généralement on la nomme Stamboul, d’après l’appellation grecque Stin Polin, en ville. Le nom d’Islambol a figuré assez longtemps sur les monnaies turques.
Le mot Bosphore dérive des mots grecs (βοῦς, bœuf, πόρος, passage); d’après la mythologie grecque, ce détroit aurait été traversé à la nage par Jo, fille d’Inachus, premier roi d’Argos, que Jupiter avait changée en génisse et qui avait été confiée à la garde d’Argos par Junon. Le Bosphore réunit la mer Noire (Pont-Euxin)[2] à la mer de Marmara (Propontide). Avec ses rives et ses collines pittoresques, il donne à la ville un charme caractéristique, qui en fait une des plus belles cités du monde.
[2] Les Phéniciens l’appelaient Achkenas, qui signifiait mer du Nord. Les Grecs ont changé cette appellation en Euxinos, qui veut dire hospitalier, quoique la mer Noire ait toujours été une mer hostile aux navigateurs. Il faut donc prendre cette appellation au sens euphémique du mot. La mer Noire était considérée par les Phéniciens comme un abîme de mort. Le petit village qui se trouve à l’embouchure de cette mer était appelé par les Phéniciens Charybdis (la porte de la mort). Son nom actuel de Garibtché provient peut-être de ce mot phénicien. D’après l’opinion des anciens, le détroit du Bosphore et celui des Dardanelles auraient été ouverts par un cataclysme, probablement au temps du déluge de Deucalion, roi de Thessalie, fils de Prométhée et de Pandore. C’est le Noë de la mythologie, comme on sait, qui, seul avec sa femme Pyrrha, aurait échappé au déluge et repeuplé la terre en jetant des pierres qui se transformèrent en hommes et en femmes.
Ses nombreux bassins, ses promontoires qui correspondent exactement à ceux de la rive opposée, les couches de terrains des deux rives qui coïncident parfaitement, sembleraient confirmer la tradition antique d’après laquelle la mer Noire et l’Archipel n’auraient eu, dans les temps préhistoriques, aucune communication entre eux.