Les terrains et les rochers qui se trouvent dans le Haut-Bosphore, tendent à prouver d’autre part que le Bosphore a été creusé par une éruption volcanique. On rencontre, surtout à l’entrée de la mer Noire, des colonnes basaltiques et des cavernes qui ressemblent aux ruines d’un immense château. Dans le Bosphore, les courants sont très violents et les eaux, rejetées d’une rive à l’autre, viennent se briser sur la pointe du Seraï qui les partage en deux. La longueur du Bosphore est d’environ 27 kilomètres. La partie la plus étroite a 550 mètres, et la partie la plus large n’a que 3.000 mètres.

Le nom ancien de Corne d’Or (Chrysos-or, Keras-corne) provient de sa forme qui est celle d’une corne d’abondance. La Corne d’Or a environ 11 kilomètres de longueur, une largeur moyenne de 450 mètres, et une profondeur maxima de 45 mètres. Ses rives ne sont pas aussi découpées que celles du Bosphore. Elles forment un port immense, très favorable au mouillage des plus grands navires et un asile absolument sûr pour les petites embarcations.

Ce sont les avantages de cette situation qui ont toujours attiré l’attention des peuples sur la ville de Byzance.

Byzance a été habitée dès les temps préhistoriques[3]. Les Thraces y avaient une ville bien avant la fondation attribuée aux Mégariens; les Phéniciens fondèrent un comptoir à Moda près de Chalcédoine (Kadikeui)[4], village situé en face de Byzance sur la côte asiatique. Son nom de Chalcédoine provenait du mot phénicien «Khalki-Don» (nouvelle ville); elle fut appelée ensuite «Prokeratis» (avant la Corne d’Or). Elle était la capitale d’un petit État qui comprenait toute la rive asiatique du Bosphore, et elle fut occupée par l’armée de Darius. Cette capitale passa aux Romains en l’an 74 avant J.-C., mais Mithridate la leur enleva bientôt. Elle fut prise plus tard et occupée par Chosroès, roi de Perse (615 et 626 après J.-C.).

[3] On a trouvé dans les environs de Constantinople, à Maltépé, à Erenkeuy et à Yarim Bourgaz des cavernes, des tumulus et des instruments en pierre remontant à l’époque préhistorique. On découvrit autrefois, sur l’acropole de la ville de Byzance, des constructions cyclopéennes appartenant au IXe siècle avant J.-C. Tout cela prouve que Byzance fut habité bien avant les Grecs.

[4] Toutes les appellations données par les Turcs seront indiquées au cours de l’ouvrage en italique.

Beïkos, village situé sur la rive asiatique du Haut-Bosphore, était déjà connu au temps des Argonautes qui allèrent conquérir la Toison d’Or en Colchide.

Quant à la fondation légendaire de Byzance par les Doriens, elle remonte à l’an 658 avant J.-C. Les Mégariens, dit-on, avaient consulté l’oracle de Delphes sur l’emplacement à choisir pour une nouvelle cité. L’oracle leur avait répondu: «en face des aveugles». Alors, des colons de Mégare, dirigés par leur chef Byzas, arrivèrent au Bosphore. Byzas, en voyant Chalcédoine, leur dit que les aveugles désignés par l’oracle ne pouvaient être que les fondateurs de cette ville, puisqu’ils n’avaient pas compris les avantages de la Corne d’Or et lui avaient préféré l’endroit où s’éleva Chalcédoine. L’emplacement indiqué par l’oracle était donc la pointe du Seraï. Les colons y construisirent une ville et, du nom de leur chef Byzas, ils l’appelèrent Byzance. Mais ce récit qu’on rencontre partout ne doit être considéré que comme une légende, car les Grecs habitaient déjà cette ville vers le VIIIe siècle avant J.-C.

La situation avantageuse de Byzance fut la cause d’un développement et d’une prospérité très rapides, en sorte qu’elle se plaça bientôt au même rang que les autres villes grecques.

D’abord gouvernée par un roi, Byzance le fut plus tard par l’aristocratie, puis par l’oligarchie.