Lorsque Théodose II avait construit la grande muraille pour agrandir la ville, le quartier des Blaquernes, qui était situé à l’extrémité nord-ouest de la ville, près de la Corne d’Or, et qui renfermait alors l’église de ce nom ainsi qu’une résidence impériale, ne fut pas compris dans l’enceinte des murs. Ce n’est que deux siècles plus tard que l’empereur Héraclius fit construire de nouveaux remparts devant les Blaquernes, qui, devenus très peuplés, avaient besoin d’être protégés contre les attaques ennemies. D’après M. Schlumberger, la partie des murs théodosiens restés en arrière des nouveaux murs et qui étaient devenus inutiles furent détruits. Le palais qui se trouvait dans ce quartier avait été bâti d’abord par Anastase (491-518). Il servit pendant plusieurs siècles de maison de plaisance aux Empereurs. Puis il s’étendit et couvrit de ses nombreux bâtiments un espace de 300.000 mètres carrés (l’espace compris entre Egri-Kapou et l’Ayasma des Blaquernes).
Pl. 25.
Ancienne rue de «Mesè» et colonne de Constantin au Xe siècle
(D’après la restitution de l’auteur.)
C’est Manuel Comnène Ier qui, négligeant complètement le grand palais, élut pour résidence le palais des Blaquernes (1143).
L’enceinte fortifiée du palais comprenait de vastes jardins, des cours à portiques, différentes habitations pour le Basileus, sa famille, ses grands officiers et ses gardes, des églises, des chapelles et d’autres édifices religieux. Le Portique carien, érigé par l’empereur Maurice en 586 et dont on retrouve actuellement les substructions à l’est de la porte d’Eïvan Seraï, consistait en une cour entourée de portiques et qui conduisait au palais. L’ensemble de ces monuments formait un quartier que les historiens grecs appelaient palais au toit doré. Actuellement on ne voit plus que la portion de l’enceinte commune à la grande muraille de la ville, et quelques pans de murs ensevelis sous terre.
Le terrain étant disposé suivant des pentes très abruptes, d’immenses voûtes et des murailles épaisses durent être construites pour supporter les nombreuses terrasses dont on reconnaît parfaitement aujourd’hui les ruines. Ces terrassements dominaient une vallée assez profonde qui existe encore.
Une partie du palais était adossée à la grande muraille sur laquelle s’ouvraient des fenêtres et des balcons dominant la campagne. C’est dans ce palais qu’Isaac l’Ange, en 1204, reçut les croisés. Ces derniers furent émerveillés de la splendeur des jardins, de l’ampleur des voûtes, et de la magnificence des parois toutes tapissées de mosaïques à fond d’or, des cours pavées de marbre précieux, des ruisseaux d’eau courante coulant dans des canaux d’albâtre. Les seigneurs Francs, quand ils furent reçus dans ce palais par Alexis, furent éblouis par les richesses prodigieuses étalées non sans intention: la vaisselle d’or, les innombrables vêtements de cérémonies, les étoffes brodées de soie.