Ce palais se trouve sur les bords de la Propontide, dans l’enceinte du grand palais byzantin. Il a été appelé d’abord château de Hormisdas, du nom d’un prince sassanide qui s’était réfugié à Constantinople et avait habité ce palais au temps de Constantin. Il fut reconstruit par Justinien et, plus tard, agrandi et embelli par Constantin Porphyrogénète[46] qui y ajouta des statues et un groupe d’animaux sculptés en pierre, un lion luttant avec un bœuf.
[46] Constantin Porphyrogénète—Vie de Basile.
Il paraît que de là vient son nom de Boucoléon[47]. Tout près de ce palais se trouvait un port appelé du même nom. Nicéphore Phocas qui habitait presque toujours ce palais où il fut tué par Jean Tzimizès son rival, l’avait fortifié en l’entourant de murs.
[47] Bous (Bœuf), Léon (lion). Il nous paraît plus vraisemblable de croire que l’étymologie du mot de boucoléon vient de bucca leonis, entrée des lions, parce que ce port avait à son entrée des statues de lions.
PALAIS DE LA MAGNAURE
Le triclinium de la Magnaure ou Magna-aula (magna, grande, aula, cour) se trouvait au nord du palais impérial entre la Chalcé et Sainte-Sophie; les Empereurs y donnaient audience aux ambassadeurs. Ce triclinium, bâti par Constantin, n’était qu’une basilique à nef centrale et à bas côtés. Au fond, sur une estrade qui occupait toute la largeur de l’édifice et qui recouvrait un hémicycle, se trouvait le trône impérial. De chaque côté de l’abside, deux colonnes soutenaient des draperies et des rideaux. Au-dessus du bas côté s’élevaient les galeries réservées aux dames de la cour. Au pied de l’estrade, on apercevait deux lions artificiels dressés sur leurs pattes et qui poussaient des rugissements comme des lions vivants. Sur des arbres d’or, des oiseaux de toutes sortes, artistement imités et perchés sur les branches, faisaient retentir la salle de leurs chants joyeux.
Pour donner plus de vie à cette scène du passé, il faut écouter Luitprand, envoyé extraordinaire du roi d’Italie à la cour de Byzance, au Xe siècle. «L’Empereur, dit-il, étant assis sur son trône, des lions automatiques commencent à rugir, les oiseaux chantent. Je me prosterne devant lui, et, après être resté quelque temps dans cette position, selon le cérémonial, je lève les yeux et aperçois l’Empereur enlevé par une machine à une hauteur considérable.»
Sur l’emplacement du palais de la Magnaure, se trouve actuellement le ministère de la Justice, qui dernièrement devint le siège du Parlement, et devait primitivement servir d’université, mais il ne fut jamais affecté à cette destination. En creusant les fondations de cet édifice en 1847, on trouva, à une profondeur de trois mètres, l’ancien pavé et la base de la célèbre statue argentée d’Eudoxie la Gauloise, objet de la haine de Chrysostome. Elle portait l’inscription suivante en langue grecque: «Voici la statue argentée où les souverains président aux tribunaux de la capitale[48].» A côté de ce palais se trouvait le Sénat ou basilique. Un portique orné de six grandes colonnes de marbre blanc s’ouvrait, d’après M. Labarte, sur le forum Augustéon.
[48] Cette base est conservée au Musée.