Une des parties les plus intéressantes du palais sacré était le Chrysotriclinium (triclinium d’or), bâti par l’empereur Justin II le Curopalate, embelli ensuite par Tibère son successeur. C’était une salle octogonale couverte d’une coupole à seize fenêtres; sur les huit côtés se trouvaient huit absides qui communiquaient entre elles. Celle qui était en face de l’entrée était fermée par deux portes argentées, sur lesquelles étaient figurées les images de Jésus-Christ et de la sainte Vierge. Pendant les réceptions, ces portes restaient d’abord closes, tandis que la foule entrait dans la salle. Une fois le calme rétabli, elles s’ouvraient, et on voyait, au fond de l’abside, l’Empereur vêtu d’un manteau de pourpre orné de pierres précieuses, ayant à hauteur de sa tête l’image du Sauveur et entouré de toutes sortes d’objets précieux. La foule se prosternait de suite devant l’Empereur pour lui rendre hommage. Tout était calculé pour donner à ces réceptions un aspect féérique. Toutes les grandes cérémonies telles que le couronnement, le mariage impérial et les réceptions officielles se faisaient dans cette splendide salle de fête. Ces cérémonies avaient beaucoup de ressemblance avec celles des Persans: «La salle du trône, dit M. Gayet, ouvrait directement sur la cour du palais, sans qu’aucune barrière en interceptât l’entrée: un rideau immense dérobait seul le monarque aux regards de ses sujets. Lorsqu’il daignait se montrer à eux et prenait place sur l’estrade, entouré des princes du sang, des ministres, des courtisans et de la garde, le voile se levait soudain à un signal donné. Le Roi des rois surgissait alors dans le cadre d’un luxe inoubliable.»

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Derrière cette salle, s’étendaient les nombreux appartements privés de l’Empereur, orientés de façon à être aussi confortables en été qu’en hiver.

Constantin Porphyrogénète, décrivant une de ces salles du palais nommé Cenourgion, bâti par Basile le Macédonien, raconte qu’elle était soutenue par 16 colonnes dont 8 en marbre vert et 6 en onychite, ornées de rameaux de vignes qui s’entrelaçaient au fût et de différentes figures d’animaux. Deux autres colonnes, également en onychite, portaient des cannelures en spirales. La partie supérieure au-dessus des colonnes jusqu’à la voûte était ornée de mosaïques sur fond d’or. On y voyait Basile entouré de guerriers qui lui présentaient les clefs des villes conquises. A la naissance de la coupole, une large corniche formait une galerie à balustrade qui faisait le tour de la salle. Un lustre était suspendu au centre.

L’appartement d’été de l’empereur Théophile se composait d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage comprenant une chambre à coucher et un salon. Un chroniqueur de l’époque nous donne d’assez nombreux détails sur la décoration d’une chambre à coucher impériale: «Le pavage est en mosaïque, au centre s’étale un paon enfermé dans un cercle de marbre. De ce cercle partent des rayons qui vont aboutir à un autre cercle, plus grand, en dehors duquel sont des marbres verts imitant des fleuves. Dans chaque coin se trouvent appliqués des aigles en mosaïque faits de petits cubes de différentes couleurs. Les parois de la pièce sont ornées de plaques de verre polychrome. Une bande d’or sépare les mosaïques qui ornent la partie supérieure des parois, sur lesquelles se détachent sur fond d’or les figures de Basile et de sa femme Eudoxie. Tous deux sont assis sur des trônes et portent les couronnes et les costumes impériaux. Sur les autres murs de la pièce sont représentés leurs enfants vêtus du même costume, et tenant entre les mains des livres de piété. Le plafond resplendissant d’or porte au milieu le signe victorieux de la croix en verres de couleur; tout près, se trouvent encore les images de l’Empereur, de l’Impératrice et de leurs enfants, levant tous la main vers la croix.»

Cet immense palais, habité si longtemps par les empereurs byzantins, fut abandonné vers le XIIe siècle, quand leurs successeurs allèrent résider au palais des Blaquernes.

Bien avant la prise de Constantinople par les Turcs, ce palais menaçait déjà ruine et ses débris étaient utilisés pour de nouvelles constructions. Buondelmonte, qui visita la capitale trente ans avant la conquête, n’avait plus rien trouvé sur l’emplacement de ce grand palais que quelques pierres provenant des ruines. Et quand Pierre Gylles visita Constantinople, il ne vit sur son emplacement que quelques traces de ruines[45].

[45] Banduri. Topogr. Constantin.

PALAIS DE BOUCOLÉON