Les œuvres plastiques et les monuments qui ornaient jadis la ville de Constantinople ont été peu à peu détruits pour la majeure partie, et un très petit nombre seulement ont échappé à la ruine et sont parvenus jusqu’à nous. Parmi les monuments de l’ancien hippodrome, nous citerons d’abord l’obélisque de Théodose le Grand.
C’est un monolithe de granit syénitique rose, haut de 30 mètres et large de 2 mètres à la base. Les inscriptions hiéroglyphiques, gravées sur chaque côté du monolithe et qui sont fort bien conservées, montrent qu’autrefois l’obélisque était beaucoup plus élevé. Il fut érigé à Héliopolis, 1700 ans avant J.-C., par le Pharaon Thoutmosis III. Constance II et Julien (361-362) formèrent le projet de le transférer à Byzance; les premiers travaux furent même commencés à cet effet, mais l’Empereur mourut et l’obélisque resta environ trente années couché sur le sol. En l’an 390, Théodose Ier le fit transporter à Byzance. On construisit tout exprès une voie ferrée allant de la porte de Fer, sur les bords de la Propontide, au plateau de l’hippodrome. On plaça l’obélisque sur un piédestal en marbre orné de sculptures qui représentent la vie et les hauts faits de Théodose.
L’inscription suivante est gravée en grec et en latin sur ce piédestal: «Théodose Ier a dressé, avec l’aide du préfet du prétoire Proclus, cette colonne quadrangulaire qui gisait sur le sol.» La colonne fut érigée en trente-deux jours. «En fait la colonne ne s’éleva, dit M. Dethier, qu’en l’an 400 pendant le règne d’Arcadius, sous les auspices de Gaïnas, qui réussit à faire rendre justice à ses compatriotes, les Ariens Goths, mais comme un météore, tomba sous la réaction orthodoxe; sa tête fut portée dans les rues, 5.000 Goths brûlés dans une de leurs églises et le nom de Gaïnas effacé sur les inscriptions de l’obélisque pour être remplacé par celui de l’orthodoxe Proclus.» Sur le bas-relief nord, on voit Arcadius et sa femme Eudoxie (la Gauloise) dans le Kathisma et, à côté d’eux, un homme de la cour, Gaïnas, le puissant chef des Goths.
L’obélisque repose sur quatre cubes en bronze posés à chaque coin de sa base quadrangulaire. Les bas-reliefs du piédestal représentent, sur le côté ouest, l’empereur Théodose le Grand assis sur le trône, ayant à sa gauche sa femme (sœur de Valentinien II), et à droite ses deux fils, Honorius et Arcadius; les ennemis vaincus viennent rendre hommage à l’Empereur. Du côté de l’est, Théodose veuf et ses deux fils semblent assister à une distribution de solde aux troupes ou plutôt à une danse. L’Empereur tient en main une couronne destinée au vainqueur. On y remarque les musiciens jouant de l’ancienne lyre, d’une espèce de hautbois, de la double flûte lydienne et de la flûte mythologique à sept trous, dite flûte de Pan. Du côté sud, Théodose ayant à sa droite ses deux fils et à sa gauche Valentinien II, contemple une course de chars. Du côté nord, c’est l’empereur Arcadius, sa femme Eudoxie, ses enfants et le fameux Gaïnas assistant dans le Kathisma à l’érection de l’obélisque.
Les sculptures de la partie inférieure du piédestal représentent les travaux nécessités par l’érection de l’obélisque.
COLONNE SERPENTINE
Parmi les colonnes qui figuraient sur l’axe longitudinal de l’hippodrome, on voit encore de nos jours la colonne serpentine, qui est érigée un peu au sud de l’obélisque. Cette colonne représente trois serpents en bronze fondu, provenant du butin enlevé aux Perses après la victoire remportée sur Xerxès.
On a discuté assez longtemps sur l’origine de cette colonne, mais en 1856, quand on creusa le sol pour en trouver la base on découvrit des inscriptions qui fixèrent son origine d’une manière exacte.
Elle reposait sur une pierre en forme de cube qui est aujourd’hui enfouie dans le sol. Sur les anneaux tordus des serpents, on voit des inscriptions en grec, indiquant les noms des villes, citées par Plutarque, qui ont combattu contre les Perses. Ces serpents supportaient autrefois le fameux trépied en or donné au temple d’Apollon de Delphes par les vainqueurs de Salamine et de Platées en souvenir des victoires gagnées sur les Perses par Thémistocle et Pausanias. La colonne, haute jadis de 8 mètres, n’a plus aujourd’hui que 5 mètres de hauteur. Le vase d’or que supportaient autrefois les trois têtes de serpents avait 3 mètres de diamètre.
Pl. 28.