IV.—LES BAINS BYZANTINS
Nul pays, au moyen âge, n’a possédé autant d’institutions d’utilité publique que faisait Byzance, avec ses forums, ses fontaines, ses aqueducs, ses citernes, ses canalisations et surtout ses bains qui contribuaient à l’entretien de la santé publique. Chaque quartier en possédait un. Ces établissements ne diffèrent que fort peu des bains grecs et romains. On n’en trouve plus dans la ville un seul qui appartienne à l’époque byzantine. Mais les Turcs ayant construit leurs bains à peu près sur les mêmes plans que les Byzantins et les ayant divisés en deux parties, l’une réservée aux dames et l’autre aux hommes, il est facile aujourd’hui d’avoir une idée des modèles dont ils s’inspirèrent. Voici, au sujet d’un bain grec construit par Hippias, la description qu’en fait Lucien et que Mavroyéni Pacha cite dans ses articles sur les bains orientaux: «La partie d’entrée est haute, on y monte par un escalier large; la porte franchie, on entre dans une salle commune réservée aux domestiques; après cette première pièce, on entre dans une autre salle fort élevée, abondamment éclairée, ayant de chaque côté des séparations pour ceux qui veulent se déshabiller. Au milieu de la salle se trouvent trois piscines; on y voit deux statues en pierre blanche, l’une représentant Hygie et l’autre Esculape, puis on pénètre dans une salle légèrement tiède, afin d’éviter une chaleur incommode. Après cette salle, il y en a une autre qui les dépasse toutes en beauté, où l’on peut s’asseoir et se faire masser. Les murs sont revêtus jusqu’au plafond de plaques de marbre de Phrygie. En avançant par un passage, on entre dans la salle la plus reculée. Cette salle offre trois baignoires d’eau chaude, toutes les parties en sont de proportions harmonieuses.»
Pl. 27.
Comme les Grecs, les Byzantins attachaient beaucoup d’importance à la beauté architecturale des bains, où le peuple trouvait un plaisir plus qu’une nécessité hygiénique et où il allait même se divertir en hiver.
On sait que les Néron et les Caracalla, les Titus et les Dioclétien se rendirent populaires en construisant de magnifiques thermes où trois mille personnes pouvaient trouver place en même temps. De même le peuple byzantin, chez lequel le bain était devenu indispensable au point de vue religieux autant que laïque, construisit des bains aussi somptueux que les Romains. Parmi les plus beaux on peut citer celui de Zeuxippe qui se trouvait tout près du Kathisma de l’hippodrome, et touchait, d’après M. Labarte, aux Nouméra, un des derniers bâtiments du palais, du côté du forum Augustéon. Il a été construit par Septime-Sévère et remanié par Constantin. Il était orné de très belles statues en marbre et en bronze. Si des fouilles adroites étaient entreprises près de la fontaine construite par l’empereur d’Allemagne, elles mettraient peut-être ces statues au jour.
Le bain de Zeuxippe fut détruit pendant la sédition Nika. Les bains d’Arcadius, qui occupaient l’emplacement de l’école actuelle des Beaux-Arts, étaient également célèbres chez les Byzantins. Vis-à-vis de Sainte-Anastasie, vers le nord, on rencontre les substructions d’un grand bain public du nom de Diagisthée[54]. Le bain de Constantin subsista après la conquête et fut nommé Tchoukour Hamam. Citons encore les bains d’Eudoxie qui se trouvent près de la Sublime Porte.
[54] Voir, Les bains turcs, [page 224].