Le Kathisma comprenait une salle à manger, une salle de réception et plusieurs pièces où l’Empereur recevait les hauts fonctionnaires avant les fêtes et donnait des repas, car les jeux de l’hippodrome formaient une partie intégrante de la vie publique. L’Empereur devait avoir dans le cirque des appartements privés pour revêtir les habits officiels avant d’entrer dans sa loge et enfin pour se reposer pendant les jeux, qui duraient parfois toute une journée.
Le Kathisma communiquait avec l’église Saint-Etienne, dont plusieurs fenêtres s’ouvraient sur l’hippodrome. D’après Labarte, les dames de la cour, qui ne siégeaient pas avec les hommes pendant les cérémonies publiques, pouvaient assister aux jeux du haut de ces fenêtres. C’est dans cette église que Léon l’Arménien fut assassiné et transporté ensuite à l’hippodrome. M. Millet et plusieurs archéologues russes, se basant sur les événements qui se déroulèrent au temps de Théodose II, veulent montrer que la tribune impériale ne se trouvait pas au centre du Kathisma, mais à son extrémité orientale, c’est-à-dire à la partie contiguë au palais. Peut-être les Empereurs avaient-ils choisi cette place pour avoir une meilleure vue sur la piste de l’hippodrome. Mais il n’en est pas moins vrai qu’une tribune officielle existait au centre du palais de Kathisma.
Les spectateurs étaient assis sur les gradins qui se continuaient en forme d’amphithéâtre. Sur le sommet de ces gradins existait un promenoir à colonnades, orné de statues.
Pour protéger les spectateurs contre les bêtes fauves et pour empêcher les discussions souvent violentes des partis adverses, l’arène était séparée des gradins par un fossé. Les jeux des bêtes fauves ayant été remplacés un peu plus tard par des courses de chars, par des luttes et des combats, ce fossé fut supprimé, mais on construisit un mur pour empêcher les bleus de se jeter sur les verts et réciproquement.
Dans l’axe longitudinal du cirque s’élevait une terrasse longue et étroite appelée «Spina» et sur laquelle on avait disposé divers monuments et statues, la colonne de Théodose (obélisque), la colonne murée, la colonne serpentine, qui portait autrefois le célèbre trépied de Delphes; toutes ces colonnes étaient alignées dans la même direction. Parmi les statues en bronze ou en marbre, on remarquait un homme luttant avec un lion, un taureau mourant, l’Hercule colossal de Lysippe, un loup combattant une hyène, un cheval indompté, un aigle enlevant un serpent, Adam et Ève, Hélène inspirant l’amour aux guerriers, les statues des empereurs Gratien, Valentinien, Théodose, celles des conducteurs de chars couronnés, et la fameuse statue à trois têtes, dont Jean (Yanis) l’Iconoclaste fit abattre les têtes.
Au centre d’un bassin se dressait, au haut d’une colonne, la statue de l’impératrice Irène. «Les statues de Gratien, de Valentinien, de Théodose, dit M. Dethier, étaient à cheval, à pied; c’est au choix d’un interprète hardi. Je m’étonne que même M. Labarte ait eu la bonne volonté d’y trouver une statue équestre d’un Théodose (p. 53), mais toujours se garde-t-il d’affirmer que c’est Théodose Ier. D’ailleurs ces statues étaient très petites et ornaient les gradins des bancs de l’hippodrome.»
Sur toute l’étendue de l’hippodrome une grande tente (velum) doublée de pourpre était tendue pour protéger les spectateurs contre les ardeurs du soleil. Tout Byzance affluait sous cette tente, et sur les gradins se pressaient des hommes de toutes races, aux costumes les plus divers, bigarrés de toutes les couleurs.
Dans la suite, les jeux de l’hippodrome se firent plus rares et l’on ne donnait plus de représentations qu’aux jours de grande fête.
Après la conquête latine, l’hippodrome fut complètement abandonné. Tous les objets précieux qui l’ornaient furent détruits; plusieurs statues, entre autres celles de l’Hercule en bronze, envoyées à la fonte et l’on en fit de la monnaie. Comme on peut le voir d’après les anciens plans de la ville, antérieurs à la conquête ottomane, il n’existait plus rien alors de la splendeur de l’ancien hippodrome: seules les trois colonnes qu’on peut voir de nos jours et qui indiquent l’axe de l’hippodrome, seuls quelques marbres ayant appartenu aux gradins subsistaient encore. L’hippodrome était rempli de monticules de terre provenant de la démolition des gradins. A une certaine époque, on construisit même des maisons sur cet emplacement. Une partie des ruines a servi à Ibrahim Pacha, vizir du sultan Suleïman, pour la construction du Mehterhané (prison actuelle).
Près de l’Augustéon, en face des thermes de Zeuxippe, se trouvait l’Octogone ou Tetradision, où était établie une sorte d’«Université». C’était un grand édifice en forme d’octogone à huit pièces voûtées. Il renfermait tous les ouvrages des grands maîtres de la littérature, de la science et de la philosophie. D’après la chronique Pascale, ce sont les Goths qui incendièrent l’Octogone pendant la sédition de Nika. D’après Codin, c’est Léon l’Isaurien qui l’a fait brûler avec ses académiciens parce qu’ils refusaient de s’associer aux illégalités de l’Empereur.