Telles sont, citoyen représentant, mes vues sur le service général des postes. Vous étant exposées avec précipitation, elles méritent et demandent votre indulgence.

Il me reste à parler des messageries. Si cette lettre obtient votre approbation, je ne tarderai pas à vous en adresser une seconde qui traitera de cette dernière partie.

Ch. DUGAS.

Paris, 10 Brumaire, an cinquième.

NOTES

Note 1: [(retour) ] La dépense de 1790 n'a été que de 4,654,961 liv. Si elle est plus forte aujourd'hui, il faut considérer que les circonstances et la guerre exigent un plus grand nombre d'employés et de couriers, que le prix des courses des chevaux est plus considérable qu'autrefois, et que celui de tous les objets nécessaires à l'exploitation a beaucoup augmenté.

Des réformes nombreuses viennent d'être faites dans les sections des postes et relais.

Note 2: [(retour) ] Il est impossible de mettre des entraves à cette concurrence que permet la constitution et que demande la liberté de l'industrie. Pourroit-on empêcher un journaliste, ou autre citoyen, de confier ses journaux ou son argent à tout autre établissement que celui de la poste?

Note 3: [(retour) ] Certaines personnes, assimilant les postes à un domaine, s'imaginent que parce qu'un propriétaire trouve souvent plus d'avantages à affermer sa terre qu'à la faire régir, il convient pour la même raison d'affermer les postes. D'abord, les postes ne doivent pas, comme une terre, être estimées seulement relativement à leurs produits: elles présentent pour l'état, le commerce, et chaque citoyen en particulier, un intérêt et une utilité indépendans du fisc; ensuite je ne dis point qu'elles doivent être confiées à de simples régisseurs plutôt qu'à des fermiers, mais que le gouvernement devroit être autorisé à faire à leur égard comme beaucoup de propriétaires qui font exploiter leurs terres par des métayers qu'ils surveillent, auxquels ils fournissent tous les objets nécessaires à la culture et à qui ils accordent une portion déterminée dans les récoltes.

Note 4: [(retour) ] Je ne partage pas l'opinion de ceux qui pensent qu'il seroit utile d'accorder aux directeurs un intérêt dans leur recette particulière. Il suffit qu'il soit attribué aux administrateurs pour espérer toutes les bonifications possibles. Les directeurs et employés des départemens trouvent un encouragement dans la fixation de leurs appointemens, qui sont en général basés sur les produits annuels de leurs bureaux.

Note 5: [(retour) ] Les principes voudraient que les postes aux chevaux, établissement qui ne produit rien au trésor public, fussent distraites du ministère des finances pour former une attribution du ministère de l'intérieur; mais le bien du service et des vues d'économie doivent, au moins dans ce moment, faire rejetter tout projet qui tiendroit à les séparer des postes aux lettres.

Note 6: [(retour) ] Cette vérité, je le dis avec franchise, a été oubliée par la Convention nationale et ensuite par le Directoire qui ont donné aux régisseurs actuels des collègues très-estimables à plusieurs égards, mais qui n'avoient aucune notion sur le service. Sur les cinq administrateurs des postes aux lettres, deux sont absolument étrangers à la chose, de sorte que si, en cas de vacance de l'une des places des trois autres régisseurs, le Directoire nommoit encore un étranger, cette partie pourroit se trouver dirigée par une majorité qui ne la connoîtroit pas. Il suffiroit sans doute de présenter cette observation au gouvernement pour espérer de lui voir accueillir le principe qui l'a dictée.

Note 7: [(retour) ] Cette administration, obligée de réduire le nombre des préposés de Paris et des départemens, saura y parvenir doucement et sans secousses, soit par les suppressions les plus légitimes, celles sur-tout des plus nouveaux, soit en s'abstenant pendant quelque temps de nommer aux emplois vacans.

Elle voudra tendre sans douter à remettre les postes, autant que possible, sur le pied où elles étoient en 1790, sauf à laisser subsister le surcroît d'employés dont la guerre et les circonstances ont depuis nécessité la création.

Elle examinera si elle doit balancer le droit de vétérance des anciens préposés qui, pendant les troubles révolutionnaires, ont été écartés des principaux emplois, les ont quittés pour des motifs de sûreté personnelle et ont été privés d'avancement, avec le droit de possession de nouveaux qui pendant le même temps ont été nommés à des places importantes.

Elle déterminera si, sur le nombre conservé des inspecteurs et visiteurs généraux, il seroit utile que quelques-uns d'entre eux se trouvassent toujours et alternativement à Paris pour être présens à ses délibérations et former près d'elle une espèce de conseil.

Elle jugera si elle peut honorer les emplois des contrôleurs dans les départemens, en les chargeant d'inspecter chaque année les petits bureaux qui sont à leur portée dans les routes détournées, ce qui réduiroit le travail et par conséquent le nombre des inspecteurs qui n'auroient besoin alors de se transporter que sur les routes de première, deuxième et troisième classes.

Elle décidera s'il ne seroit pas nécessaire, au moins pendant quelque temps, que les couriers payassent à chaque course le prix du service des malles, et enfin, que l'un des membres de l'administration fût souvent en tournée avec des pouvoirs suffisans, pour se porter dans les départemens sans y être attendu.