Pour exciter les régisseurs à apporter dans les améliorations toute l'activité dont ils seroient susceptibles, il seroit donc nécessaire, non qu'il leur fût accordé un traitement, ainsi qu'il a été proposé, ni qu'on fixât le maximum de la somme qu'ils obtiendroient sur la recette générale; (limiter le degré d'encouragement qui leur seroit accordé, ne seroit-ce pas limiter leur économie, et désigner le terme des efforts que la République a le droit d'attendre de leur zèle?) mais que sur la recette nette qu'ils verseroient à la trésorerie nationale, ils fussent autorisés à retenir entre leurs mains, pour être partagée également entr'eux une prime de trois deniers pour livre, à quelque taux que les produits pussent s'élever. Par ce moyen, les régisseurs auroient à se distribuer la somme de 12,500 livres pour chaque million qu'ils déposeroient annuellement au trésor public; et en supposant l'administration composée de cinq membres, ce seroit 2,500 livres que chacun d'eux toucheroit par chaque million de recette.
Un intérêt moindre ou plus considérable présenteroit également des abus[4].
Ces régisseurs dirigeront en même-temps les postes aux chevaux et les postes aux lettres, qu'il convient de réunir plus étroitement en les établissant dans le même local[5]. Surveillant à-la-fois les deux parties, ils en saisiront mieux l'ensemble et soutiendront l'une par l'autre; c'est-à-dire, les postes aux lettres par la restauration et une bonne organisation des postes aux chevaux, et celles-ci par une modique portion des produits des postes aux lettres.
Que d'avantages présenteroit une semblable administration? Sous cette régie, si la chose produit au bout de l'année des bénéfices imprévus, l'état seul en profite; sous des fermiers, la compagnie seule s'en gratifie, ou s'arrange pour n'en céder qu'une part légère au gouvernement. Sous cette régie, composée d'anciens et honnêtes employés, la sûreté du service n'est point en danger, comme elle le seroit, s'il étoit livré à des étrangers qui ne font des offres brillantes que parce qu'ils espèrent qu'une fois entrées dans cette utile administration, s'il ne résultoit pas pour eux des profits des bouleversemens qu'ils opéreroient, le gouvernement ne voudroit pas exiger à la rigueur l'exécution des clauses de leur bail, ni profiter de leurs pertes, et qu'il accourroit à leur secours, pour prévenir la chûte entière des postes.
Cette régie évite les dépenses et les abus nombreux qu'occasionneroit la création d'un commissaire du Directoire, de ses bureaux, de ses inspecteurs; dépense qui seroit plus considérable qu'on ne l'imagine, abus dont on ne peut prévoir les dangers.
Cette régie a l'avantage inappréciable d'exciter, parmi les employés, une émulation que le systême de l'entreprise ne peut que détruire: en effet, les connoissances de beaucoup d'entr'eux peuvent les appeler à diriger une administration qui n'exige point de mise de fonds; mais il en est peu qui, par leur fortune, puissent prétendre à faire partie d'une compagnie financière; et qu'on ne pense pas que l'émulation, parmi les préposés, soit une chose à dédaigner.
Je crois, citoyen représentant, en avoir dit assez pour vous prouver qu'il est nécessaire de confier les postes à un petit nombre d'hommes instruits dans cette partie, plutôt qu'à des personnes neuves pour les détails de ce service[6]; et que des régisseurs ayant, ainsi que des fermiers, un intérêt dans les produits, et de plus des lumières et de l'expérience, doivent promettre plus sûrement de sages et utiles améliorations[7].
Je ne pourrois trop répéter que, dans cette administration, l'expérience est peut-être le premier mérite qui soit nécessaire; en effet, pour pouvoir parvenir à simplifier les ressorts compliqués de cette machine sans arrêter sa marche, il faut les bien connoître. Pour pouvoir opérer une juste réduction du nombre des agens, il faut avoir une idée nette et précise de la force et de la nature du travail intérieur de chacun des bureaux de Paris et des départemens, de leur correspondance entre eux, de leur situation respective et de leur organisation particulière. Si des fautes ou des infidélités excitent les plaintes du public, il faut souvent en deviner la cause, ou en avoir étudié le principe. Il faut enfin avoir eu le temps de connoître la moralité et la capacité des préposés, afin de mettre chacun à la place à laquelle il convient.
Aussi-tôt que la loi aura prononcé sur la réforme du tarif et des abus des contre-seings et franchises, les postes deviendront productives.
Si ensuite le Corps Législatif, sans égard pour les intérêts particuliers des solliciteurs de grands changemens, veut se convaincre qu'il n'est pas possible, dans ce moment, de livrer les postes à des entrepreneurs, ni de fixer, soit le prix d'un bail, soit le service constant qu'ils seroient tenus de faire; qu'il seroit dangereux de mettre les postes hors de la main ou trop dans la main du gouvernement, en les soumettant aux ordres d'un seul homme, qu'un commissaire et les frais qu'il occasionneroit seront inutiles du moment où il existera une administration intéressée, qui n'aura besoin d'être assujétie qu'à la surveillance du ministre des finances; qu'il ne faut pas discontinuer de faire diriger cet établissement par d'anciens employés, et qu'il faut craindre d'anéantir, parmi les préposés, une juste émulation; s'il reconnoît la nécessité de réunir les postes aux chevaux aux postes aux lettres; s'il veut enfin exciter l'activité des administrateurs, en leur accordant une remise de trois deniers pour livre, sur les sommes qu'ils verseront de net à la trésorerie nationale, je suis persuadé, citoyen représentant, que les postes ne tarderont pas ensuite à devenir aussi florissantes qu'elles l'étoient autrefois, tant par rapport à leurs produits, que relativement à la force d'action qui rendra à toutes les parties du service leurs ancien mouvement et leur sûreté.