«Mille grimaces.
«SUZANNE.»
Sa dernière lettre. Je l'ai conservée, bien que ne m'appelant pas Léopold. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire de tout ce lilas blanc? J'ai su plus tard que nous étions une dizaine à fournir chaque soir la parure du troisième acte. Une femme de chambre revendait le soir même les bouquets inutiles.
Et dire qu'elle joue encore les ingénues!
«… Surtout, apporte-moi une terrine de Louis, la timbale Bontoux, un petit panier de pêches et trop de confitures.
«SÉRAPHINE.»
Probablement, elle est morte d'indigestion. Celle-ci m'avait charmé par ses capacités stomacales. Un gouffre! Nous nous étions rencontrés au buffet d'Avignon et, à la voir engloutir, avec une rapidité vertigineuse, le menu d'un repas de cinquante couverts, je m'étais senti pénétré d'admiration. En arrivant à Paris, je courus lui ouvrir un compte courant aux boucheries Duval. Elle m'aima comme elle aimait le roastbeef,—à l'anglaise. Point de goûts communs. En littérature, elle comprenait Brillat-Savarin et Monselet. En histoire, elle professait le mépris de Sparte et la vénération superstitieuse de Lucullus. Cela n'allait pas sans quelque poésie gastronomique. Dans ses songeries apéritives, elle se retournait volontiers vers les temps antiques, vers les repas fabuleux de l'édile Marcius, avec, sur les tables de porphyre, des sangliers gaulois à la sauce troyenne pleins de langues de rossignols. Elle eût voulu goûter aux vins parfumés de Massique et de Cos, mordre aux treilles dorées du mont Esquilin, savourer les murènes que Domitien nourrissait d'esclaves. Nous nous sommes séparés pour incompatibilité de menus. Elle adorait le veau et je n'ai jamais pu le souffrir…
Probablement, elle est morte d'indigestion.
«Ne venez pas ce soir. Je dîne chez ma tante.