Hélas! oui, Paulette; déjà quinze ans!

«Jeu vé ce soar à la telier. Viens me cherché a diz eures.

«LISON.»

Une drôle de petite fille, tout de même! Point méchante, point savante, nullement perverse. Un peu dinde. Je me rappelle une partie de pêche pendant laquelle elle rendait sournoisement à l'Oise les goujons que j'avais tirés de la rivière. Cela, par bonté d'âme. C'était une petite modiste rencontrée un matin dans les quinconces de la Pépinière où elle émiettait des brioches pour les ramiers. Entourée d'un vol de pigeons blancs, elle m'avait paru si jolie que je lui avais immédiatement offert mon coeur, sur le rythme léger, en vers de huit pieds. Elle avait répondu «oui», pour ne pas me faire de la peine. Six mois d'intimité avec les tourterelles du Luxembourg. Un jour, elle me quitta, pour éviter un chagrin à mon ami Michel qui aimait mieux les oiseaux que moi. Ainsi elle a passé dans la vie, en faisant le bien. Transiit bene faciendo.

Une drôle de petite fille, tout de même!

«N'oublie pas ma branche de lilas pour le troisième acte. Tu l'apporteras dans du coton.

«Mille grimaces.

«SUZANNE.»

Et dire qu'elle joue encore les ingénues!… Elle tiendra l'emploi sa vie durant, et, vers la soixantième année, servira encore ses grimaces par milliers, aux habitués aristocratiques du mardi. Où l'ingénuité va-t-elle se nicher! A seize ans, elle s'appuyait sur un protecteur chauve qui savait faire oublier par la transmission de ses titres nominatifs l'irréparable outrage des années. A ce vieillard illusionné, elle annexait un poète, deux officiers de cavalerie, et un cabotin de la banlieue. J'avais été adopté comme fleuriste, pour le troisième acte, la scène du bal. Sept cents francs de lilas blanc en cinquante jours;—et au moins cinq francs de coton! Je ne regrette que les cinq francs de coton…

«Mon cher Léopold, n'oublies pas ma branche de lilas pour le troisième acte. Tu l'apporteras dans du coton.