J'étais accablé de stupeur.

Pauvre Félicien! Un ami, un vrai! Nous nous étions si mal quittés… Partir ainsi, jeune encore, en pleine gloire, et sans que j'eusse pu lui serrer la main une dernière fois! Quelle secousse! Aucune des douleurs éteintes dans le passé ne m'avait frappé si rudement. Il n'est pas d'être au monde que j'aie autant pleuré.

Je ne sais pourquoi, je ne m'explique pas pourquoi, mais je n'avais jamais autant pleuré que ce jour-là.

IV

Trois jours après—l'enterrement était décidé pour midi—je me levai de bon matin en vue de réfléchir à la petite allocution que je devais prononcer au cimetière, sur la prière générale. La veille, toutes les dispositions de la funèbre cérémonie avaient été arrêtées. Le nombre des discours devenait important et il fallait compter avec l'imprévu, avec les délégations des sociétés savantes de province dont Félicien était président d'honneur, avec la jeunesse, les Écoles, toujours si empressée aux funérailles des grands hommes. Ma mission se limitait à prononcer quelques paroles au nom des plus intimes amis du mort. Quinze à vingt lignes au plus.

Étant de nature médiocrement éloquente, je pris les précautions de rigueur, c'est-à-dire que je traçai sur une feuille de papier la teneur de mon petit discours, me réservant d'en graver les termes dans ma mémoire au cours de la matinée. J'eus lieu d'être assez satisfait de mon ouvrage. C'était simple, grave, ému, pas banal: une bonne moyenne d'oraison funèbre.

Ah! ce fut un bel enterrement! Je tenais un des cordons du poêle; les cinq autres étaient tenus par:

Un membre de l'Académie française;

Un membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres;

Le chef de cabinet de M. le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts;