—On? interrogea Prégamain. Qui cela, on? Nul n'y a encore pénétré.

—A Tombouctou, cher monsieur? Quelle erreur!

—Il se pourrait?…

—Écoutez plutôt… En 1824, un marmiton, ou un cuisinier, je ne sais au juste, nommé René Caillé, quitta Saint-Louis du Sénégal avec l'intention d'atteindre Tombouctou—qu'on nommait Temboctou à cette époque. Caillé franchissait aisément soixante kilomètres en un jour, ce dont vous n'êtes probablement pas capable; il était doué d'une vue tellement perçante qu'il distinguait à l'oeil nu les satellites de Jupiter; vous n'en êtes pas là. Il savait faire la cuisine et vous ne savez pas faire la cuisine; au besoin, il demeurait impunément cinq jours sans nourriture; il parlait arabe, et vous ne parlez pas arabe; il savait par coeur le Coran tout entier, et vous n'en connaissez pas un verset. Malgré tous ces avantages, il mit deux ans à gagner Tombouctou et deux ans à en revenir.

Gédéon sourit.

—J'aurai, répondit-il, des chevaux, des chariots, des vivres, des armes, des interprètes, des bagages…

—Permettez, interrompit le notaire. En 1830 M. le major Gray, de la marine anglaise, quittait Sierra-Leone pour se rendre à Tombouctou. Il avait des chevaux, des chariots, des vivres, des armes, des interprètes et des bagages. En arrivant à Boulibaba, sur la frontière du Fouta-Toro, il ne trouva ni un ruisseau, ni un puits et mourut de soif dans le désert avec toute sa caravane.

—J'emporterai de l'eau, prononça Gédéon.

—En 1841, M. Adrien Partarrieu emporta de l'eau. A Boudou, près du
Fouta-Djalon, il fut entouré, blessé, saisi, puis mis à mort par les
Hottentots.

—Diable!