Un jour même, sans savoir pourquoi, par habitude, par instinct, il osa interrompre seul, et le Journal officiel porta au compte rendu in extenso ces mots jetés en travers d'un grave discours de M. Freppel:
«M. PRÉGAMAIN DE LATHUILE.—C'est trop fort!»
Mais s'il ne parlait point, il votait et se montrait. Quand Théodora, achevant la lecture d'un discours, lisait au compte rendu ces mots: «En descendant de la tribune, l'orateur reçoit les félicitations de ses collègues,» Gédéon l'arrêtait pour lui dire:
—J'en étais!
Le travail des commissions ne lui offrit aucune occasion de briller. Le jour où la Chambre se réunit dans ses bureaux pour élire les membres de la commission du budget, Gédéon se rendit au Palais-Bourbon, résolu à poser sa candidature; mais quand il eut pris place parmi ses collègues, il redevint circonspect, s'avoua qu'il n'aurait rien à dire et vota docilement avec la majorité de son bureau.
Cependant il ne perdait pas courage. Le jour de la revanche viendrait enfin. Le destin ne pouvait l'avoir si merveilleusement aidé et servi pour l'abandonner à moitié route, entre le passé honteux et l'avenir impossible. Tout n'était pas dit, à coup sûr. Le mandat de député était un moyen, non un but.
—Patience! répétait-il. Attendons!…
A qui lui eût dit, quatre ans auparavant:
—Voulez-vous devenir député?… Vous le serez avant trois années!…
Il eût répondu: