Comme il allumait un cigare et se versait un troisième verre de chartreuse jaune, une voix le fit tressaillir.
On causait dans le cabinet voisin, et l'on venait de prononcer le nom de l'élu de Sisteron. Gédéon prêta l'oreille.
Bientôt il distingua deux voix, des voix d'homme, des voix qui ne lui étaient pas étrangères. Qui pouvait être là? Vainement il chercha un petit trou, une fente, une fissure dans la cloison, une ouverture qui lui permettrait de reconnaître les dîneurs. Il lui fallut se résigner à entendre sans rien voir.
Maintenant, les voisins—des jeunes gens à juger par le son des voix—causaient de choses indifférentes, théâtre, chevaux, femmes, baccarat. Cependant Gédéon ne pouvait douter qu'on eût prononcé son nom; il s'entêta et voici ce qu'il entendit:
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«—Au fond, vois-tu, mon cher, cela m'est parfaitement égal, mais elle est si cocasse, ton idée, que je m'amuse à regarder dedans. Tu es bien le premier…
«—Mais pas du tout. C'est une loi humaine. On est dégoûté des choses par ceux qui les obtiennent, des maisons où on est reçu par ceux qu'on y reçoit, des femmes par ceux qu'elles ont aimés. Une femme conserve toujours quelque chose de l'homme qu'elle trompe ou qu'elle quitte; elle a des idées, des mots qui lui sont restés de l'autre.
«—Soit.
«—Dès lors, il est prudent de choisir. Aussi, tiens, la personne dont nous parlions tout à l'heure…
«—La petite madame Prégamain?