C'était charmant. Et quelle bonne poignée de mains, le soir, en se quittant. Ils se disaient au revoir en plein café, devant tout le monde. Cela, Roland y tenait. Il ne fallait pas que les mauvaises langues—les gamines attablées sous l'escalier—pussent jaser. Le premier il eut cette pensée délicate. Gilberte lui en fut reconnaissante, mais seulement comme d'une simple politesse. Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire, l'opinion de ces filles? Et en quoi leurs potins pourraient-ils l'atteindre?

Quand elle parla au père Hermann de son nouvel ami, l'académicien fut hanté d'une inquiétude.

—Ah diable!…

Alors il lui raconta l'histoire de l'autre, la belle figurante du Théâtre-Historique qui avait si mal tourné. Il l'avait rencontrée un an après son collage avec ce clown du boulevard du Crime; eh bien, la pauvre fille était méconnaissable, absolument méconnaissable. Un paquet! Hein? Comprend-on ça? Avoir été la Source d'Ingres, pouvoir devenir Vénus, Omphale, Diane, est-ce qu'on sait?… Et se résigner à n'être que Mme Clown!…

Gilberte avait écouté ce récit sans en comprendre l'opportunité. Est-ce que Roland était amoureux d'elle? Est-ce qu'elle aimait Roland? Ah bien oui!… avec ça qu'ils y pensaient!… Vrai, s'il ne devait rester qu'eux deux sur la terre, le monde finirait bien vite.

Elle ne répondit pas au vieux maître.

En effet, son affection pour Roland restait admirablement innocente. Elle ne pensait pas à mal, considérant le poète comme un autre Hermann, un Hermann jeune, un maître nouveau qu'il lui était permis de tutoyer et de traiter un peu en frère aîné. D'ailleurs Roland ne songeait pas à elle. Donc…

Elle avait raison alors. Roland n'était pas amoureux.

Un soir, après dîner, il se leva, tendant la main vers son chapeau.

—Comment, tu pars?…