—M'aimes-tu?
—Oui.
Et c'est tout.
Un soir, énervé, grisé par le désir, Roland a pris l'enfant à la taille, a voulu l'attirer vers lui dans un mouvement plus emporté. La petite s'est indignée. Elle a fait entendre des reproches sévères, durs, cruels, des menaces de disparaître pour toujours.
Voyons, il faut être sage, raisonnable. Ne peut-on point s'aimer sans s'appartenir? Ne serait-ce pas bien plus gentil de toujours s'aimer ainsi? Pourquoi pas? On serait de bons camarades, on vivrait heureux. A la bonne heure!
Roland ne comprend pas.
Durant l'été, ils eurent des promenades, des échappées d'école buissonnière à travers les verdures.
Le dimanche, dès sept heures, ils prenaient le chemin de fer et débarquaient en un petit village de Seine-et-Oise, à Saint-Ouen-l'Aumône; ils remontaient le chemin de halage entre la rivière aux eaux vertes et les grands champs de blé mûr. On déjeunait entre Pontoise et Auvers, au cabaret de la mère Chennevières, sous une tonnelle ombragée de clématites, proche un verger où picoraient des poules. Le passeur les menait à l'île de Vaux et les y laissait jusqu'au soir, libres et seuls parmi les hautes fougères sous les arbres pleins d'oiseaux. Quand ils rentraient—fort tard—chargés de fleurs, Gilberte ne recevait pas Roland.
Lui ayant entendu parler de cette île, le père Hermann voulut la voir.
La petite l'y conduisit un jour de semaine, sans en rien dire à Roland.