Dès les premières atteintes du mal, Gilberte s'était senti touchée par la mort. Oh! il n'y avait pas à douter; ça y était. Un froid mortel dans la poitrine, des frissons de glace, des moiteurs continues, une fièvre qui devenait chaque jour plus brûlante et plus douloureuse. Elle s'était résignée tout de suite, mesurant les mois et les semaines, songeant aux premières neiges. Cela sans un regret, avec une sorte d'héroïsme, une griserie de dévouement et de sacrifice.

Mais avant de mourir, elle voulut vivre.

Elle se donna à Roland.

Ils se sont aimés trois mois.

Maintenant Gilberte est mourante. L'hiver et la passion ont exalté la souffrance, hâté la fin.

Étendue sur son grand lit voilé de mousselines blanches, la petite a des sourires heureux. Une fierté la rassure et la console. Cette fille se sait immortelle. Elle aura le Louvre; elle aura la gloire.

Elle a eu l'amour quand elle s'est devinée inutile pour l'art.

Devant l'agonie, un caprice de modèle lui revient. Elle veut le père Hermann, avec un panneau et sa vieille boîte de campagne. La petite posera une dernière fois. Elle y tient; il a bien fallu y consentir.

Le maître est venu, sombre, brisé, vaincu. D'abord il a pleuré.

Bientôt il s'est mis à l'oeuvre, avec une précipitation fiévreuse.