La dame en noir m'attendait, blottie en un fauteuil, avec toujours sa même allure troublante.
Comme je tombais, à ses pieds, une botte à mitraille creva sur la pelouse, et le ricochet d'un biscaïen vint expirer sur le tapis.
—Ai-je peur? dit-elle.
Et je vis refleurir son premier sourire, son sourire de l'ambulance.
J'osai lui dire son nom—je ne l'écrirai point—et ressaisir ses mains aimées. Ce que je lui dis en ces heures de bataille, dans cette tourmente affreuse où nous étions cachés, quelles paroles exquises, sublimes et passionnées, tombèrent de ses lèvres, à quelles extases profondes, sans nom, nous appartinrent sous ce toit frêle secoué par la guerre,—pourquoi le révéler? Le souvenir avoué s'évapore et laisse seulement au fond des coeurs un parfum vieilli, amer souvent. Je garde en moi, comme un avare, le témoignage toujours vivant de ces ivresses mortes.
Elle se donna, plus tendre mille fois qu'elle n'avait jamais été sévère. Le mystère où elle s'enfermait d'ordinaire semblait lui laisser trêve en ce coin perdu, plus désert que l'immense désert. Nul ne pouvait nous apercevoir ni nous rencontrer. Quand nous nous rejoignions là, chaque jour, c'était après avoir traversé des solitudes mornes, des rues vides où son pas léger retentissait dans les repos sonores du canon. Aucun passant. Pas un soldat.
Le danger? Ah! nous n'y pensions plus guère. Elle ne m'en parla jamais. Bientôt apprivoisés, nous prîmes possession du jardin, du pauvre jardin d'autant plus joli qu'il poussait à la grâce de Dieu. Que d'instants passés, agenouillé dans l'herbe, sans entendre le sifflement des balles dans les branches!…
Enfin!…
Combien cela est déjà loin! Quinze années bientôt!…
Le 22 mai, au lendemain de l'entrée des troupes, elle m'écrivit: