Mais rien n'était comparable à la razzia que le général était en train d'opérer en ce moment sur les rosiers. Les pauvres roses tombaient les unes sur les autres sous l'impitoyable sécateur dont les mouvements rapides ne s'arrêtaient que pour laisser au maître le temps de choisir.
Or comme tout doit avoir une fin dans ce bas monde, la besogne du général eut son terme aussi; mais rendons-lui la justice de dire qu'il ne s'arrêta que lorsque son jardin fut tondu à la Titus.
Alors il croisa ses bras, et, comme Achille après la défaite d'Hector, il contempla son ouvrage. Parbleu, se dit-il si monsieur le curé n'est pas content, il sera difficile?--Allons, enfants, à l'oeuvre, il s'agit maintenant de déménager tout cela; François et Nicholas se chargent du feuillage, quant à toi, Pierre, tu vas m'aider à transporter les fleurs.
Les ordres du général furent si bien exécutés, qu'au bout de quelques instants tous ces débris multicolores furent entassés devant la grande porte du château, et le plus beau reposoir qu'on eut vu de mémoire d'homme s'éleva majestueusement aux premiers rayons du soleil.
L'excellente femme du général avait vu de sa fenêtre tout ce qui se passait dans le jardin; elle ne pouvait en croire ses yeux; mais quel fut son étonnement lorsqu'au déjeuner le général lui annonça qu'il l'accompagnerait à la messe, et qu'il comptait suivre la procession? Elle n'osait croire à tant de bonheur et se demandait si elle était bien éveillée.
Tous se passa cependant ainsi que le général l'avait dit: il assista à la messe et suivit la procession.
A quelques jours de là, le curé dînait au château; la femme du général, poursuivie par le démon de la curiosité, lui dit en riant: «Ah, ça, monsieur le curé, êtes-vous bien sûr de ne pas être sorcier?
--Moi, Madame, mais je ne le pense pas.
--Alors dites-moi donc de quel moyen vous vous servi pour convertir mon mari?...
--Oh, mon Dieu, Madame, d'un moyen bien simple... Je me suis servis d'un balai.»