Voyons la seconde interprétation: «Nous pourrions voir dans cet âne qui vient de l'Orient, plein de force et de bravoure, le type de la nation juive, dépositaire de la foi au vrai Dieu.»

M. Mérimée, à qui on en faisait accroire difficilement en matière archéologique, étudiant les caprices prétendus symboliques du moyen âge, parle de «la bonhomie innocente des sculpteurs du douzième et du treizième siècle, qui n'entendaient pas malice quand ils représentaient un péché tout crument, comme il se fait[25]

[25] Notes d'un voyage dans le Midi de la France. Paris, Fournier, 1835, in-8.

La fête de l'âne peut être expliquée aussi simplement. Comme dans l'antiquité, l'Église accordait un jour de saturnales aux fidèles et ne croyait pas le temple déshonoré par l'âne qui parodiait le prêtre[26]. Il faut songer à la grossièreté de la joie à cette époque, et non pas raisonner avec la pruderie et la délicatesse que nous ont données sept ou huit siècles de civilisation.

[26] Voy. dans le Bibliophile français, de juillet 1869, un article sur le Dyptique de Sens, de M. Cocheris qui, avec Duchalais et Bourquelot, partage la même opinion. «Les évêques, dit également M. Viollet-le-Duc, aimaient mieux ouvrir de vastes édifices à la foule, sauf à lui permettre parfois des saturnales, plutôt que de laisser bouillonner au dehors les idées populaires.»

Celui qui veut se rendre compte de l'état des esprits au moyen âge devra se faire peuple, mettre son âme d'accord avec l'âme de ces siècles barbares, courber la tête, se faire petit avec les petits, simple avec les simples, croire avec le clergé d'alors qu'il n'y avait pas danger à ces divertissements, rire des symbolisateurs d'aujourd'hui et ne pas s'enfoncer avec eux dans les ténèbres du Psalterium glossatum[27].

[27] «La hauteur d'une cathédrale est l'espérance; sa largeur est la charité; sa longueur est la persévérance. Les fenêtres d'une cathédrale sont les paroles des saints; les piliers sont les vertus spirituelles; les colonnes sont les bons évêques et les prêtres; le toit est la figure d'un intendant fidèle,» etc. Traduction d'un texte latin du dixième ou onzième siècle, inscrit sur une feuille volante en tête du Psalterium glossatum, manuscrit de la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer.

Les paysans sont moins crédules et surtout plus gausseurs que certains archéologues; si le symbolisme a pénétré chez eux sous forme de catéchisme, ils en tirent une singulière interprétation. M. Jérôme Bugeau, dans son beau livre des Chansons populaires des provinces de l'Ouest[28], a recueilli de la bouche même des petits enfants de l'Angoumois les demandes et les réponses suivantes:

[28] Niort, 1866, 2 vol. grand in-8.

Le prêtre.—Que signifient les deux oreilles de l'âne?