[XII.]

GODEFROI MIND, LE RAPHAËL DES CHATS.

M. Depping a donné dans la Biographie universelle quelques notes sur Godefroi Mind, qui semblait voué par son nom à la peinture des chats. De cet article j'extrais les détails qui intéresseront peut-être ceux qui réclament des artistes une meilleure interprétation de la race féline.

Godefroi Mind naquit en 1768, à Berne, d'un père d'origine hongroise. Il étudia le dessin chez le peintre Freudenberger, qui a laissé peu de traces dans l'histoire de l'art. «Un goût particulier, dit M. Depping, porta Mind à dessiner des animaux, ou plutôt deux espèces d'animaux: les ours & les chats. Ces derniers surtout étaient ses sujets favoris, il se plaisait à les peindre à l'aquarelle dans toutes les attitudes, seuls ou en groupe, avec une vérité, un naturel, qui n'ont peut-être jamais été surpassés. Ses tableaux étaient en quelque sorte des portraits de chats; il nuançait leur physionomie doucereuse & rusée; il variait à l'infini les poses gracieuses des petits chats jouant avec leur mère; il représentait de la manière la plus vraie le poil soyeux de ces animaux; en un mot, les chats peints par Mind semblaient vivre sur le papier. Mme Lebrun, qui ne manquait jamais, dans ses voyages en Suisse, d'acheter quelques dessins de ce peintre, l'appelait le Raphaël des chats. Plusieurs souverains, en traversant la Suisse, ont voulu avoir des chats de Mind; les amateurs suisses & autres en conservent précieusement dans leurs portefeuilles. Le peintre & ses chats étaient inséparables. Pendant son travail, sa chatte favorite était presque toujours à côté de lui & il avait une sorte d'entretien avec elle. Quelquefois cette chatte occupait ses genoux; deux ou trois petits chats étaient perchés sur ses épaules; il restait dans cette attitude des heures entières sans bouger, de peur de déranger les compagnons de sa solitude. Il n'avait pas la même complaisance pour les hommes qui venaient le voir & il les recevait avec une mauvaise humeur très-marquée.

«Mind n'eut peut-être jamais de chagrin plus profond que lors du massacre général des chats, qui fut ordonné, en 1809, par la police de Berne, à cause de la rage qui s'était manifestée parmi ces animaux. Il sut y soustraire sa chère Minette en la cachant; mais sa douleur sur la mort de huit cents chats, immolés à la sûreté publique, fut inexprimable: il ne s'en est jamais bien consolé...

«Il avait aussi beaucoup de plaisir à examiner des tableaux ou des dessins qui représentaient des animaux. Malheur aux peintres qui n'avaient pas rendu ses espèces favorites avec assez de vérité! Ils n'obtenaient aucune grâce à ses yeux, quelque talent qu'ils eussent d'ailleurs.

«Dans les soirées d'hiver, il trouvait encore moyen de s'occuper de ses animaux chéris en découpant des marrons en forme d'ours ou de chats: ces jolies bagatelles, exécutées avec une adresse étonnante, avaient un très-grand débit.

«Mind, petit de taille, avait une grosse tête, des yeux très-enfoncés, un teint rouge-brun, une voix creuse & une sorte de râlement; ce qui, joint à une physionomie sombre, produisait un effet repoussant sur ceux qui le voyaient pour la première fois.

«Il est mort à Berne le 8 novembre 1814. On a parodié assez plaisamment pour lui les vers de Catulle sur la mort d'un moineau:

Lugete, o feles, ursique lugete,
Mortuus est vobis amicus;