Sur les représentations hiératiques des chats, on trouve de nombreux renseignements dans les ouvrages des érudits; ils ne me paraissent pas s'être suffisamment préoccupés du caractère intime de quelques peintures de l'Égypte ancienne, où le chat est représenté tantôt étendu sous le fauteuil de la maîtresse de la maison, tantôt allaitant ses petits.
Dans ces bronzes apparaît le sens domestique plutôt qu'hiératique, car en même temps que colliers & pierres précieuses manquent aux chats, je ne retrouve pas dans leur conformation les lignes particulièrement rigides qui, à mon sens, témoignent de leur caractère sacré.
Quoi qu'il en soit, les Égyptiens ont représenté les chats—sacrés ou profanes—aussi dignement que savamment. Eux seuls ont entrevu le côté sculptural de l'animal, & sans quitter le terrain de la réalité, des flancs du chat ils ont dégagé des lignes d'un majestueux contour.
Après les Égyptiens, il faut citer les Japonais, qui prouvent par les albums récemment introduits en Europe qu'ils sont dessinateurs de chats par excellence, comme ils sont les peintres de la femme & du fantastique.
C'est une remarque à faire que les artistes épris des délicatesses des chats le sont également des délicatesses de la femme, & qu'à cette double compréhension se joint parfois l'amour du fantasque & de l'étrange. Mais quelle souplesse ne faudrait-il pas à la plume pour essayer de rendre les nuances qui caractérisent: Femmes, Fantaisies, Chats! Comment tracer visiblement le mystérieux trait d'union qui relie une telle trilogie?
Je ne voudrais pas entamer un cours d'esthétique pour montrer le charme associé au fantastique d'Hoffmann & de Goya; qu'il me soit permis cependant de constater que le conteur allemand & le peintre espagnol, auxquels on peut joindre Cazotte & le Diable amoureux, sont de ceux qui, épris de l'idéal féminin, ont naturellement, sans chercher de repoussoirs, à côté de leurs charmants portraits de femmes, fait jaillir spontanément le fantastique d'un mélange d'exquises langueurs traversées par le profil d'animaux bizarres. Ils sont sensitifs par excellence les êtres qui réunissent le Beau & la Fantaisie, & tout homme doué de telles qualités, ses nerfs ne fussent-ils pas en parfaite pondération, est déjà un véritable & intéressant artiste.
Les Japonais possèdent au plus haut degré ces facultés exceptionnelles. Ils enveloppent leurs figures de femmes de romanesques élégances. Mille caprices éclatent dans leurs compositions; surtout ils se préoccupent extraordinairement du chat, l'épient dans chacun de ses mouvements & les rendent avec plus de souplesse que le peintre Mind.
Godefried Mind, surnommé le Raphaël des chats, qui mourut à Berne en 1815, a laissé de charmantes aquarelles de chats. De nombreuses études à la plume témoignent de constantes observations des mouvements de ces animaux; toutefois ses croquis un peu suisses n'ont pas le charme des représentations de chats japonais, quoiqu'une coutume particulière au pays des taïcouns les défigure: ils ont la queue coupée ras.