«Tout ce qui s'agite devient pour les chats un objet de badinage, dit Moncrif qui connaissait bien les chats. Ils croient que la nature ne s'occupe que de leur divertissement. Ils n'imaginent point d'autre cause du mouvement; & quand, par nos agaceries, nous excitons leurs postures folâtres, ne semble-t-il pas qu'ils n'aperçoivent en nous que des pantomimes dont toutes les actions sont autant de bouffonneries?»

Même au repos, rien de plus amusant. Tout est malice & sainte nitouche dans le petit chat accroupi & fermant les yeux. La tête penchée comme accablée de sommeil, les yeux mourants, les pattes allongées, jusqu'au museau lui-même semblent dire: «Ne me réveillez pas, je suis si heureux!» Un petit chat endormi est l'image de la béatitude parfaite. Surtout ses oreilles sont remarquables dans le jeune âge par leur développement. Immenses & comiques que ces deux oreilles plantées sur un petit crâne! Le moindre bruit va droit aux oreilles qui remplissent l'appartement.

Voilà le petit chat sur pied; ses yeux sont presque aussi grands que ses oreilles. Ce qui se loge là dedans d'observations est considérable; pas un détail n'échappe. Qui sonne? qui frappe? qui remue? qu'apporte-t-on à manger? Car la curiosité est la faculté dominante du petit chat.

Feu Gustave Planche était un jour occupé à corriger des épreuves dans le cabinet de rédaction d'une Revue célèbre. Ayant terminé sa dure besogne, il pousse un soupir de satisfaction & veut prendre son chapeau pour aller respirer l'air frais du dehors.

Le chapeau avait disparu. Grand émoi dans la maison. Qui a pu s'emparer du chapeau d'un critique influent? Personne n'est entré dans le cabinet de la rédaction. Ce chapeau—médiocre—ne saurait tenter personne.

On cherche & on se rappelle que les enfants de la maison, qui jouaient tout à l'heure dans le jardin, ont fureté du côté de la rédaction.

Planche rôde inquiet dans le jardin. Les enfants sont capables de tout. Auraient-ils jeté le chapeau dans le puits? On ne trouve pas de preuves du délit, & les prévenus ont pris leur volée.

Cependant, à force de recherches, on aperçoit de la terre fraîchement remuée. Après de longues fouilles, le chapeau apparaît, enterré, bourré de gravier & de pierres. Planche, donnant un léger coup à son feutre, s'en retourne en méditant sur les caprices de l'enfance & les plaisirs singuliers qu'elle trouve à enterrer un chapeau.

Les chats ont une grande analogie avec les enfants; eux aussi sont émerveillés à la vue d'un chapeau. Ils tournent autour, le flairent, semblent inquiets, se précipitent dans l'intérieur avec délices, & quand ils passent leur tête étonnée, on les prendrait pour des prédicateurs en chaire.