De nouveau le curé fut averti que son successeur était troublé par les gémissements du chat qui, sinistre, errait par le jardin & affectait d'offrir une désolée silhouette sur les murs du presbytère qu'il ne voulait pas abandonner.
Une seconde fois l'animal fut ramené à la ville dans une misère affreuse. Depuis huit jours il était parti: depuis huit jours il semblait ne pas avoir mangé. Ses os se comptaient sous sa robe sans lustre; l'animal faisait piteuse figure.
La vieille servante alors abusa de soins & de prévenances pour le matou; elle lui offrait de gros lopins de viande & laissait la porte du garde-manger ouverte comme par mégarde, flattant ainsi les instincts de l'animal.
Une si grasse cuisine ne put enchaîner le chat. L'ancien foyer lui tenait au cœur; il portait aux murs du précédent presbytère l'attachement des personnes âgées qui ne survivent pas à une expropriation.
On apprit que l'entêté animal, plat comme une latte, poussait de lamentables miaulements qui fatiguaient le village; même il était à craindre qu'un paysan ne lui envoyât un coup de fusil pour en débarrasser le canton.
La vieille servante, malgré l'ingratitude du matou, conservait pour lui une vive affection; dans son bon sens, elle trouva un remède désagréable, mais qui, suivant elle, devait faire paraître la nouvelle cure un lieu de délices pour le chat.
S'étant emparé de l'animal, un homme l'introduisit dans un sac & trempa sac & chat dans une mare, après quoi le matou fut ramené à ses anciens maîtres, dans un état d'extrême irritation; mais là se terminèrent ses escapades.
Cet instinct particulier qui ramène les chats au foyer, malgré les dangers, a été appliqué en Belgique à un pari où furent engagées de grosses sommes.
Il est de mode chez les Flamands de faire courir des pigeons & de baser des paris sur l'oiseau qui, le premier, revient à un but déterminé.