Or un paysan paria que douze pigeons, transportés à huit lieues de distance, ne seraient pas rentrés à leur colombier avant que son chat, lâché au même endroit, eût regagné son logis.
Le chat a la vue courte; il aime la vie sédentaire; s'il buissonne, c'est dans un endroit sec ou semé d'un vert gazon; l'eau & la boue lui déplaisent; tout homme lui inspire une profonde terreur.
Le pigeon, planant dans les airs, échappe à ces dangers. Voler au loin appartient à sa nature: la mort seule l'empêche de revenir à son colombier.
On se moqua d'autant plus du paysan que, dans le parcours décidé, un pont séparait deux rives, & qu'il semblait impossible que le flair du chat ne fût mis en défaut par cet obstacle.
Le chat triompha de ses douze adversaires, revint au logis avant les pigeons & rapporta une grosse somme d'argent à son maître.
L'histoire est authentique; elle ressemble pourtant à la tradition du chat de Wittington, au conte du Chat botté & à tous les récits populaires dans lesquels l'animal aide les pauvres gens à se tirer d'embarras.
C'est que le manteau du Conte cache de vives réalités, qu'il est seulement une fiction durable à force de sens & de bon sens, que les œuvres d'imagination doivent contenir une forte part d'observations profondes, & que lui-même, le conseiller aulique Hoffmann, en saupoudrait ses plus fantastiques compositions.