[CHAPITRE XIX.]
DU LANGAGE DES CHATS.
Un philosophe naturaliste, de ceux qui purent s'inspirer directement des doctrines des grands esprits du XVIIIe siècle, Dupont de Nemours, ne crut pas inutile d'étudier l'intelligence des animaux & le parti qu'en pourraient tirer les hommes.
Dans un Mémoire adressé à l'Institut, Dupont de Nemours donnait aux observateurs un moyen de comprendre les animaux.
Étudier les animaux en nous, telle était sa méthode.
Les arides controverses sur l'âme des bêtes, il les abandonnait aux métaphysiciens; pour lui, il se rattachait à l'école de Montaigne, se posant ce problème:
«C'est à deviner, dit-il, à qui est la faulte de ne nous entendre point, car nous ne les entendons pas plus qu'elles nous: par cette mesme raison, elles nous peuvent estimer bestes, comme nous les en estimons[30].»
[30] Montaigne dit encore: «Nous avons quelque moyenne intelligence de leurs sens: aussi ont les bestes des nostres, environ a mesme mesure. Elles nous flattent, nous menassent & nous requièrent: & nous elles. Au demeurant, nous découvrons bien évidemment qu'entre elles il y a une pleine & entière communication, & qu'elles s'entr'entendent...»
L'homme, intelligence supérieure, a la faculté de se rendre compte des intelligences inférieures. Ses sensations les plus intimes, il peut les passer à l'alambic de la raison & les étudier jusque dans leur infinitésimale atténuation. Si l'enfant ne peut suivre les rouages compliqués dont la civilisation a armé l'homme, l'homme juge nettement des perceptions de l'enfant, de même que la nourrice comprend l'enfant qui ne comprend pas la nourrice.