Des mauvais traitements les tribunaux font aujourd'hui justice. L'étude des sciences naturelles donne des notions plus exactes sur la nature des animaux & je ne crois pouvoir mieux terminer qu'en traitant du prétendu égoïsme des chats.
«Ne croyez pas que le chat vous caresse, il se caresse,» dit spirituellement Champfort.
Ce joli mot toutefois doit être discuté, & pourrait au besoin se retourner contre l'homme.
Quand le chat a faim & que, pour solliciter sa pâture, il ronronne, frotte son corps contre les jambes de la personne qui a l'habitude de lui donner à manger, il est certain que ces vives démonstrations sont destinées à l'être dont il a besoin. Si, dans ce moment, il se caresse par la même occasion, des marques d'affection n'en sont pas moins prodiguées à son maître.
Le chat est naturel, c'est ce qui le fait calomnier. Jouant naturellement dans le monde sa partie, quand il a faim, il le dit. Veut-il dormir? Il s'étend. S'il a besoin de sortir, il le demande.
Mais pourquoi cette constante ingratitude, reprochée sans cesse au chat, ne lui a-t-elle pas aliéné le cœur de pauvres gens qui ont reporté toutes leurs affections sur la tête d'un animal si égoïste? Car le culte du chat, pour n'être plus une religion, n'a pas été interrompu depuis l'Égypte ancienne; & si aujourd'hui on ne l'enveloppe plus de bandelettes après sa mort, il est entouré pendant sa vie de soins qu'il préfère à coup sûr à l'embaumement.
Dans les palais & les mansardes, le chat est traité sur un pied d'égalité par le riche & le pauvre.
Ce n'est ni un «serviteur infidèle» ni «un serviteur inutile», comme Buffon l'a écrit[34]: l'animal travaille suivant sa mesure avec un dévouement d'esclave[35].
[34] Voir aux Appendices.
[35] En ceci je ne suis pas tout à fait d'accord avec la devise libertas sine labore, dont un maître semble vouloir décorer le blason de la race féline.