Voilà dans la cour un chat tapi près d'un tuyau de plomb qui sort d'une maison. On peut appeler l'animal, il est à son poste & ne lèvera pas la tête. Accroupi sur le pavé, de temps en temps il fourre sa patte dans le tuyau & l'en retire avec des signes de vive contrariété.
Le chat a vu un rat disparaître par ce tuyau. De lui-même il s'est condamné à guetter pendant des heures entières le rat qui finira par succomber.
Ainsi un animal qualifié d'égoïste aura rendu service ce jour-là.
Pour débarrasser un appartement de souris, il ne demande rien, se contentant de manger les ennemis du logis. Et si la maison est privée de souris, la présence seule du chat les empêche de s'y introduire: même par son apparente fainéantise, l'animal est une sentinelle vigilante qui, du moment où il a planté sa tente dans un endroit, en écarte les rongeurs.
Faut-il accuser le matou, qui a subi l'opération des chapons, de son indolence pendant que les souris commettent des dégâts à sa barbe? Il est désarmé. Ce n'est pas lui, on le pense, qui a sollicité l'inhumaine castration qui l'empêche à jamais d'obéir aux instincts de sa race.
L'homme a voulu la société du chat.
Le chat n'a pas recherché la société de l'homme.
Laissez l'animal courir en paix dans les bois ou les jardins, il se moquera de la desserte & ne viendra pas s'étendre sur les tapis des salons. Le chat saura suffire à ses besoins, trouvera sa nourriture, couchera dans un arbre: huit jours de liberté lui rendront son indépendance naturelle.
L'homme, pour faire oublier ses vices, aime à faire croire à ceux des êtres qui l'entourent.
—Le chat est la personnification de l'égoïsme, répètent sentencieusement de graves messieurs à qui je ne voudrais pas demander le plus léger service.