«Ce chat, dit-il, avait les yeux & le naturel d'un chat domestique. Il avait été apprivoisé & abandonné à lui-même sur le bâtiment qui le ramenait en Europe; comme le chat domestique, il faisait la guerre aux rats, & eut d'autant plus de succès qu'il était grand & fort. A son arrivée à la ménagerie, on le tint d'abord renfermé; mais bientôt on put lui rendre sa liberté. Sauf la répugnance qu'il avait à se laisser prendre & même toucher, on aurait pu le croire un chat domestique: il resta attaché aux lieux où on le nourrissait; mais tous les autres chats mâles en furent exclus. Il n'en souffrit même aucun dans un cercle assez étendu hors de sa demeure, & j'ai eu tout lieu de croire que les ennemis que par là il s'était faits, ne furent pas étrangers à sa mort. Quoique jeune, il ne vécut guère chez nous qu'un an.»
(F. Cuvier, Histoire naturelle des mammifères.—Paris, 1824.)
[VI.]
LES CHATS EN CHINE.
L'abbé Le Noir rapporte que, loin de servir du chat pour du lapin, comme on en a l'habitude dans les gargotes parisiennes, les Chinois tiennent le chat pour un mets excellent; chez leurs marchands de comestibles, des chats énormes sont suspendus avec leur tête & leur queue. Dans toutes les fermes, on trouve de ces animaux attachés à de petites chaînes pour être engraissés avec des restes de riz; ce sont de gros chats qui ressemblent à ceux de nos comptoirs & de nos salons. Le repos qu'on leur impose facilite & accélère leur engraissement.
Plus préoccupé de science linéaire que de culinaire, je cherche surtout la représentation du chat par les artistes chinois.
En Chine, le chat est figuré, surtout par la statuaire céramique, en blanc de Chine, en bleu turquoise, en vieux violet. M. Jacquemard cite, dans son Histoire de la porcelaine, un chat en vieux violet qui fut vendu dix-huit cents livres à la vente du mobilier de Mme de Mazarin.
«Sur les porcelaines plus communes, on voit, émaillés en couleurs variées, des chats représentés assis sur le derrière, offrant quelque analogie avec les chats égyptiens. D'autres fois ces animaux sont figurés en rond, la tête appuyée sur les pattes de devant; alors ils sont moins naturels, leur tête grimaçante, à oreilles droites; les yeux exagèrent le caractère félin de la prunelle, fendue verticalement; souvent même la fente est réelle &, comme le dos porte une ouverture, il est permis de croire qu'on éclaire intérieurement la tête, pour obtenir un effet plus saisissant. Bon nombre de ces chats couchés sont des vases à fleurs.
«Au Japon, l'on a fait quelques chats en porcelaine commune, analogue à celle des figures civiles. Ces chats sont grossièrement tachés en rouge & en noir; mais les porcelaines fines représentant des intérieurs chinois répètent souvent la figure des animaux domestiques. Le chien se voit presque toujours dans le jardin; le chat, au contraire, se faufile au plus intime de l'intérieur. Là, il est près d'une dame à sa toilette; ailleurs, les enfants s'en amusent pendant que les dames prennent le thé. Dans ces peintures, l'animal est presque toujours blanc, à larges macules brunes ou noires; il paraît que c'est là l'espèce estimée.»