Il y a un côté religieux dans l'œuvre de Wagner, le côté religieux que vous laisse une forêt épaisse, quand vous la traversez en silence. Alors se détachent une à une les passions de la civilisation: l'esprit quitte sa petite boîte de carton où chacun a la coutume de l'enfermer pour aller en soirée, au spectacle, dans le monde; il s'épure, grandit à vue d'œil, respire de contentement et semble grimper jusqu'à la cime des grands arbres.
Ce ne sont pas des phrases.
Mais comment rendre, sinon par des analogies de sensations, la langue mystique des sons enivrants?
Cependant il faut essayer de faire comprendre à ceux qui ignorent, que la musique de Wagner n'est pas de la musique imitative.
Dans la symphonie des Saisons, Haydn a tenté d'indiquer «le passage de l'hiver au printemps.» Ainsi que celles-ci les paroles suivantes sont textuelles: «Les épais brouillards par lesquels l'hiver commence.» Tentatives d'un grand maître qui ont amené à sa suite de singuliers disciples.
Coucher de soleil, la lune à demi voilée, le chant de l'alouette dans les blés et jusqu'au vol rapide d'un oiseau à long bec traversant le paysage, voilà ce que les singes de la musique imitative ont prétendu montrer dans leurs symphonies.
C'est là ce qu'on pourrait appeler dans le mauvais sens du mot, du réalisme en musique, l'enjambement monstrueux d'un art sur un autre art, le mélange frelaté aussi équivoque qu'une grappe de raisin greffée sur un poirier.
Wagner n'appartient en rien à cette école. Il semble puéril d'insister là-dessus; mais j'écris surtout pour des gens qui ne pourront entendre ces concerts.