Le compositeur se rapprocherait plutôt des lignes que Beethoven a écrites en regard d'un passage de la Symphonie pastorale: «Plutôt expression de sentiment que peinture.» Belle parole plus juste que celle d'Haydn.


Ce n'est pas encore là ce qui peut rendre la musique de Wagner. Je ne connais ni le sujet de ses opéras, ni la splendide étoffe qui les recouvre. Je n'ai vu que des morceaux de cette étoffe. Il me semble qu'un fragment de tapisserie du moyen âge me tombe tout à coup sous les yeux. Des têtes de chevaliers dessinées à l'aiguille à grands traits apparaissent; un varlet coupé à mi-corps tient un faucon sur le poing. Dans un coin de la tapisserie est écrit en lettres gothiques: Amadis de Gaule.

Toute une époque se déroule: les gestes de Charlemagne, les chevaliers de la Table Ronde, les douze preux, des personnages vaillants, plus grands que nature, avec des durandal formidables et des casques de géant.


Dans les fragments du Tannhœuser, de Lohengrin, de Tristan et Isolde, du Saint-Graal, sans qu'il y ait imitation de furieux combats, toute une époque chevaleresque reparaît, maintenant que de sang-froid je puis me recueillir.

Les personnages des drames de Wagner appartiennent à ces temps héroïques dont les frères Grimm ont recueilli pieusement les traditions en Allemagne. Quoique la fabulation du drame de Wagner n'appartienne pas au vieux poème allemand de Parcifal, le Lohengrin du compositeur n'est-il pas le même que celui de la légende?

«Lohengrin allait justement, en ce moment, mettre le pied à l'étrier; alors parut sur l'eau un cygne qui traînait derrière lui une barque. A peine Lohengrin l'eut-il aperçu, qu'il s'écria:

»—Bonne nuit, mon coursier, à l'écurie! Je veux aller avec cet oiseau et le suivre où il me conduira.

»Dans sa confiance en Dieu, il ne prit point de vivres avec lui; après cinq jours de navigation sur la mer, le cygne fourra son bec dans l'eau et prit un poisson; il en mangea la moitié, et donna l'autre moitié au prince.»