[38] Ma part dans la politique (en allemand), tome VI, le chapitre intitulé: Talleyrand et ses rapports avec les Allemands.

[39] Je crois bien qu'ils s'étaient compris l'un l'autre et à demi-mot. Gagern va tout à l'heure nous le dire mieux encore et nous rappeler comment s'opérait cette heureuse intelligence.

[40] A côté et au-dessous de cette lettre vraiment charmante et quelque peu sentimentale, il n'est pourtant pas hors de propos de placer le passage du même chapitre de Mémoires, dans lequel Gagern s'efforce de répondre aux reproches adressés par les Allemands, ses compatriotes, à l'ancien ministre de Napoléon pour sa soif d'argent et sa vénalité. Ce sont les circonstances atténuantes, naïvement exposées et déduites: «Il dépensait beaucoup; sa main était libéralement ouverte pour ses anciens amis; sa maison princière était peu tenue, et sa fortune particulière très-peu considérable. Par suite, il considérait sa haute situation comme une mine d'or. Ses complaisances devaient être payées non en tabatières ou en brillants, suivant la coutume, mais en argent comptant. Qui pourrait dire les sommes qui ont ainsi coulé vers lui de la part des grandes puissances! Il pouvait se faire à lui-même illusion sur ces actes, en se disant qu'il ne se faisait pas payer la vente du bon droit, mais seulement des services laissés à sa discrétion. Quant à ce qui me regarde, il était de ma situation et de mon devoir de suivre le torrent; mais je répète qu'entre lui et moi, directement ou indirectement, aussi bien pour ce qui regarde les Nassau que pour les autres princes nombreux que je fis entrer dans la Confédération du Rhin, il ne s'est jamais agi en aucune façon de marché, de conditions ou d'offres. Je les taxais moi-même d'après mes appréciations générales et après avoir consulté le vieux Sainte-Foix, et je proposais mes estimations dans le Nassau, ou bien je décidais pour eux, et j'espère encore maintenant avoir droit à leur reconnaissance pour avoir, en ces conjonctures, agi avec autant de sagacité que d'économie. Napoléon avait connaissance de cet état de choses et le souffrait. C'est un fait qu'à Mayence, il demanda à un prince très-haut placé: Combien Talleyrand vous a-t-il coûté?»—Ne nous lassons jamais de remettre sous nos yeux les deux faces de la vérité, surtout quand la plus agréable pourrait faire oublier la plus essentielle.

[41] Sur la fin de l'Empire, ils étaient à couteaux tirés. M. de Talleyrand lardait de ses épigrammes le duc de Bassano. On citait de lui, dès 1809, ce mot qui dispense de tous les autres: «Je ne connais pas de plus grande bête au monde que M. Maret, si ce n'est le duc de Bassano.»

[42] Ce passage sur Voltaire a piqué au vif les ennemis ordinaires du grand homme, et a provoqué M. Louis Veuillot à écrire tout un premier-Paris de l'Univers sur mes articles. C'est l'éternel honneur de Voltaire qu'on ne puisse le louer sans amener aussitôt les représailles de pareils adversaires. Quant à M. Veuillot, j'ai trop de fois éprouvé l'ignominie de sa veine, et son absence complète de souci de la vérité à mon égard, pour lui répondre autrement que par cette mention. On ne réfute pas un écrivain aussi voué, à l'avance, au mépris de l'avenir. (Note inédite trouvée dans les papiers de M. Sainte-Beuve.)

[43] Et n'est-ce pas ainsi que Rivarol, qui se piquait d'aristocratie et de bonne compagnie, disait: «L'impiété est la plus grande des indiscrétions?» Ce mot de Talleyrand nous explique jusqu'à un certain point la mode religieuse, dont est comme saisie notre époque. Dans ce prétendu pays démocratique, chacun tâchant de se faire passer pour noble et d'être un homme comme il faut, fait mine aussi d'être religieux. L'un mène à l'autre.

[44] J'emprunte ceci aux Mémoires du baron de Gagern, qui le tenait de Mme de Dino. Il nomme l'abbé Dupanloup.

[45] On a pour guide très-sûr et sans parti pris, dans le récit de cette mort de Talleyrand, un Anglais, Thomas Raikes, dont le Journal a été publié à Londres (4 volumes, 1857). Thomas Raikes, honnête gentleman, fils d'un riche marchand de la Cité, et qui se trouvait très-flatté de vivre dans ce grand monde anglais et français sur le pied de comparse ou figurant, a noté, comme l'aurait fait un Dangeau, avec une minutieuse attention qui tenait autant de la badauderie que de l'exactitude, tout ce qui peut se rapporter à M. de Talleyrand, à Montrond et à leurs entours.

[46] On disait de Talleyrand devant Montrond: «Il est si aimable!—Il est si vicieux!» répondait Montrond.—On cite encore ce court dialogue: «Savez-vous, duchesse, pourquoi j'aime assez Montrond? disait M. de Talleyrand; c'est parce qu'il n'a pas beaucoup de préjugés.—Savez-vous, pourquoi j'aime tant M. de Talleyrand? ripostait Montrond; c'est qu'il n'en a pas du tout.» Mais la légende elle-même s'en est mêlée, et elle leur en prête.

[47] J'en dois communication à l'obligeance de M. Parent de Rosan, un amateur de documents contemporains, et que connaissent bien tous ceux qui se sont occupés de la célèbre comtesse de Boufflers.