Des rimeurs dont le siècle abonde

La muse toujours plus féconde

Insulte a ma stérilité.

Je perds mon temps s'il faut les croire,

Eux seuls du siècle sont l'honneur,

J'y consens: qu'ils gardent leur gloire;

Je perds bien peu pour ma mémoire,

Je gagne tout pour mon bonheur.

Mais ne peut-on pas lui dire comme à Titus: Il n'est pas perdu, ô Poëte, le jour où tu as dit si bien que tu le perdais!

Dans l'ode au Pêcheur, un trait touchant et délicat sur lequel je reviens, c'est le faible don que le poëte déçu donne à son pauvre semblable, plus déçu que lui: cette obole doit leur porter bonheur à tous deux. Cet accent du coeur dénote dans le poëte ce qui était dans tout l'homme chez Fontanes, une inépuisable humanité, une facilité plutôt extrême. Jamais il ne laissa une lettre de pauvre solliciteur sans y répondre; et il n'y répondait pas seulement par un faible don, comme on fait trop souvent en se croyant quitte: il y répondait de sa main avec une délicatesse, un raffinement de bonté: haud ignara mali.—On aime, dans un poëte virgilien, à entremêler ces considérations au talent, à les en croire voisines.