Les petites pièces délicieuses, à la façon d'Horace, nous semblent le plus précieux, le plus sûr de l'héritage poétique de Fontanes. Elles sont la plupart datées de Courbevoie, son Tibur: moins en faveur (somme toute et malgré le pardon de Fontainebleau) depuis 1809[144], plus libre par conséquent de ses heures, il y courait souvent et y faisait des séjours de plus en plus goûtés. Les Stances à une jeune Anglaise, qui se rapportaient à un bien ancien souvenir, ne lui sont peut-être venues que là, dans cette veine heureuse. Pureté, sentiment, discrétion, tout en fait un petit chef-d'oeuvre, à qui il ne manque que de nous être arrivé par l'antiquité. C'est comme une figure grecque, à lignes extrêmement simples, une virginale esquisse de la Vénusté ou de la Pudeur, à peine tracée dans l'agate par la main de Pyrgotèle. IL en faut dire autant de l'ode: Où vas-tu, jeune Beauté? Tout y est d'un Anacréon chaste, sobre et attendri. Fontanes aimait à la réciter aux nouvelles mariées, lorsqu'elles se hasardaient à lui demander des vers:

Note 144:[ (retour) ] La défaveur cessant, il resta un refroidissement au moins politique, et ce lut un arrêt définitif de fortune.

Où vas-tu, jeune Beauté?

Bientôt Vesper va descendre;

Dans cet asile écarté

La nuit pourra te surprendre;

Du haut d'un tertre lointain,

J'ai vu ton pied clandestin

Se glisser sous la bruyère:

Souvent ton oeil incertain