SUR LES ROCHERS DE CHÈVREMORTE[171].
Note 171:[ (retour) ] A une demi-lieue de Dijon.
Et moi aussi j'ai été déchiré par les épines de ce désert, et j'y laisse chaque jour quelque partie de ma dépouille.
(Les Martyrs, livre X.)
Ce n'est point ici qu'on respire la mousse des chênes et les bourgeons du peuplier, ce n'est point ici que les brises et les eaux murmurent d'amour ensemble.
Aucun baume, le matin après la pluie, le soir aux heures de la rosée; et rien, pour charmer l'oreille, que le cri du petit oiseau qui quête un brin d'herbe.
Désert qui n'entends plus la voix de Jean-Baptiste! Désert que n'habitent plus ni les ermites ni les colombes!
Ainsi mon âme est une solitude où, sur le bord de l'abîme, une main à la vie et l'autre à la mort, je pousse un sanglot désolé.
Le poëte est comme la giroflée qui s'attache frêle et odorante au granit, et demande moins de terre que de soleil.
Mais, hélas! je n'ai plus de soleil, depuis que se sont fermés les yeux si charmants qui réchauffaient mon génie!
22 Juin 1832.