Qui brillanta les Géorgiques,

Des poëtes académiques

Delille est encor le meilleur.

Enfin dans d'autres épigrammes suivantes, il se montre tout à fait apaisé, et le nom de Delille ne revient plus qu'en éloges. Ainsi Marie-Joseph Chénier, qui, dans une petite épitre au poëte émigré rentrant:

Marchand de vers, jadis poëte,

Abbé, valet, vieille coquette,

Vous arrivez, Paris accourt, etc.;

avait été satirique des plus âpres, n'hésita pas à lui rendre bientôt dans son Tableau de la Littérature, des hommages consciencieux et réfléchis.

Pendant que Delille courait l'Allemagne, et de là passait en Angleterre, on se demandait en France de ses nouvelles avec un intérêt qu'attestent toutes les feuilles du temps. Le premier réveil de l'attention littéraire s'occupait à son sujet. Lalande (décembre 96) donnait dans la Décade une espèce de petit bulletin de ses voyages et de ses poëmes entamés ou terminés. On traduisait du Mercure allemand de Wieland, un article de Bottiger sur le poëte dont la réputation grossissait chaque jour à distance. L'Institut national lui faisait écrire pour le prier de rentrer en son sein, et ce ne fut qu'après trois ans d'un silence par trop boudeur, qu'on le remplaça dans la section de poésie. Enfin, de Londres, où il venait de traduire en dix-huit mois le Paradis perdu, il laissa échapper une seconde édition, très-augmentée, du poëme des Jardins, et l'Homme des Champs (1800), dont l'impression était retardée depuis trois ans.

On publia, vers ce temps, un recueil de ses poésies diverses et fragments, auquel M. Michaud ajouta une notice biographique, car on était avide des moindres détails. Les extraits de Fontanes au Mercure et de Ginguené à la Décade, sur l'Homme des Champs, étaient insérés dans le volume; on tâchait d'y réfuter les critiques, d'ailleurs fort modérées et respectueuses, de Ginguené.[41] Bref, Delille entrait vivant dans la gloire incontestée, et prenait rang parmi ceux qui règnent.