Note 16:[ (retour) ]
Est-il besoin de faire remarquer l'intention de ces allitérations, assonances et consonnances: cuer, cure, corps, cueur, vainqueur? La poésie du XVIe siècle est pleine de ces vestiges d'une versification antérieure. On lit à la page 12 du présent Recueil:
Ne nul plaisir que nature nous donne
Ne nous est riens, si bientost ne retourne.
La rime n'y est pas, mais il y a assonance comme chez les anciens trouvères.
A défaut de beaux vers, ce sont là de hauts sentiments, et ils se font écho dans cette correspondance rimée entre le roi et sa soeur.
On s'est fort occupé de Marguerite dans ces derniers temps, et les publications réitérées dont elle a fourni le sujet l'ont de plus en plus mise en lumière. Les railleries à la Brantôme et les demi-sourires, dont on pouvait jusqu'alors s'accorder la fantaisie en prononçant le nom de l'auteur de l'Heptamèron, ont fait place peu à peu à une appréciation plus sérieuse et plus fondée. A travers les conversations galantes et libres qui étaient le bon ton du temps et où elle tenait le dé, on ne saurait méconnaître désormais en elle ce caractère élevé, religieux, de plus en plus mystique en avançant, cette faculté d'exaltation et de sacrifice pour son frère, qui éclate à tous les instants décisifs et qui fait comme l'étoile de sa vie. La duchesse d'Angoulême et ses enfants, Marguerite et François, s'aimaient tous les trois passionnément; c'était, comme le dit Marguerite, un parfait triangle, et une vraie trinité. Les expressions triomphantes dont est rempli le Journal de la mère du roi, et qui rappellent le Latonoe pertentant gaudia pectus, se reproduisent dans les lettres et dans les vers de sa soeur. Ces deux femmes idolâtrent ce roi de leur sang dont elles sont glorieuses; elles débordent sitôt qu'elles parlent de lui. La mère écrit à son fils captif comme madame de Sévigné à sa fille absente: «A ceste heure... je cuyde sentir en moy-mesme que vous seuffrez.» Marguerite se représente aussi comme une autre mère pour ce frère bien-aimé, quoiqu'elle n'ait que deux ans plus que lui; et, le revoyant après une séparation, elle croit lire dans son seul regard toute une tendre allocution, qu'elle se traduit de la sorte à elle-même:
........«C'est celluy que d'enfance
Tu as veu tien, tu le voys et verras;
Ainsy l'a creu et le croys et croirras.
Ne crains donc, soeur, par crainte ne diffère;
Je suis ton roy, aussy je suis ton frère.
Frère et petit n'as craint de me tenir
Entre tes bras; ne crains donc de venir