Note 179:[ (retour) ] Il se trompe de genre pour atmosphère, comme le font, au reste, beaucoup de Français eux-même.

Au milieu de ces sottes fonctions, de ses ennuis, de ses bavardages épistolaires, il se remet à l'étude; car, qu'on ne l'oublie pas, l'étude a toujours ses heures réservées au fond de ces existences qui plus tard marqueront; il avait entrepris une Histoire de la Civilisation en Grèce, il relit ses classiques sur le conseil de Mme de Charrière, laquelle les lisait elle-même dans les textes, au moins les latins. La lettre se termine ainsi par une dernière feuille datée du 17 au matin:

«... J'ai repris mes petits Grecs qui grossissent à vue d'oeil. Quand ils seront arrivés à grandeur naturelle, je les envoie dans le monde to shift for themselves. J'ai tout plein de ressources; mais, comme je vous le disais vendredi, je n'en fais que peu d'usage. Suivant votre conseil, je compte prendre une heure avec un professeur ici pour relire tous mes classiques. C'est un plaisir de faire quelque chose d'utile que vous avez conseillé. Adieu, madame. Mille et mille choses à tous ceux qui veulent bien penser au diable blanc [180]. Le petit Jaman est superbe, voilà pour Mlle Louise. Les sapins de ce pays-ci sont tordus, petits et vilains: je ne conseille pas à Mlle Henriette d'envoyer jamais de traîneau en prendre ici. Adieu, madame. Barbet, le plus aimé qui fut jamais au monde, adieu.»

Note 180:[ (retour) ] C'était apparemment son sobriquet à Colombier.

Le moment où Benjamin Constant peut réfuter avec une entière sincérité les petites méfiances de Mme de Charrière et où il continue d'être pleinement sous le charme du souvenir est si court et si prompt à s'envoler, que nous donnerons encore quelques pages qui en sont la vive et bien affectueuse expression.

«Brunswick, ce 19 mars 1788.

«Que béni soit l'instant où mon aimable Barbet est né! Que béni soit celui où je l'ai connu! Que bénie soit l'influence perfide qui m'a fait passer deux mois à Colombier et quinze jours chez M. de Leschaux [181]! Le courrier qui arrive ordinairement le mardi n'est arrivé qu'aujourd'hui, et, en ne recevant point de lettres de vous hier, je m'étais résigné et j'attendais vendredi avec crainte et impatience. Jugez de mon plaisir quand, à mon réveil, mon fidèle de Crousaz [182] m'a présenté le petit Persée.

Note 181:[ (retour) ] Ou Leschot; c'était le docteur qui logeait à côté de Colombier.

Note 182:[ (retour) ] Son domestique.

«Il y a un bien mauvais raisonnement dans cette lettre dont je vous remercie si vivement, et je ne sais si ce raisonnement ne mériterait pas que j'étouffasse ma reconnaissance. Dans quelques semaines, dans peu de jours peut-être, vous aurez des habitudes et des occupations avec lesquelles vous vous passerez très-bien de ces fréquentes lettres. Qu'est-ce, s'il vous plaît, que cela veut dire? Aussi longtemps que vous aurez des visites à faire, des devoirs de société à remplir, des terrains à sonder, des arrangements à prendre, vous aurez besoin de mes lettres, parce que vous n'aurez pas d'intérêt assez vif pour que vous m'oubliiez; mais quand vous aurez fait toutes vos visites, que vous n'aurez plus rien à faire, que votre curiosité, si vous en avez, sera rassasiée jusqu'au dégoût, que vous saurez d'avance ce qu'on vous dira, et que votre journée de demain sera la soeur et la jumelle la plus ressemblante de l'ennuyeuse journée d'aujourd'hui, oh! alors je ne vous écrirai plus si souvent, parce que les vifs plaisirs de votre manière de vivre vous tiendront lieu de mon amitié. Barbet, Barbet, vous êtes bien aimable et je vous aime bien tendrement; mais vous raisonnez bien mal, et vos raisonnements me font de la peine pour vous et pour moi.