—Crois au moins, s'empressa d'ajouter Max, que ma surprise n'a rien de désobligeant pour toi: elle éclate, au contraire, du plaisir que j'éprouve à te rencontrer tout autre. Certes, je t'aime mieux ici que dans cet horrible bouge de la rue Saint-Louis en l'Ile où je t'ai vu avec Rosalie l'avant-dernier automne, je crois.»

Le tressaillement qui agita les nerfs de Clément attesta que Max venait de lui rappeler un souvenir extrêmement pénible.

«A moins que tu n'en veuilles à notre repos, dit-il d'un air tout assombri, tu ne parleras jamais, surtout devant ma femme, de ce temps funeste…. Tu me feras également plaisir en cessant de t'extasier à notre position nouvelle. Tu seras peut-être tout le premier à l'estimer bien modeste, quand je t'en aurai détaillé l'origine. Outre que j'ai dû me plier à des pratiques honteuses, que de temps il m'a fallu pour parvenir où j'en suis! Cela ne paraît pas; mais l'état médiocre où tu me vois, si précaire encore, est pourtant la résultante d'une lutte quotidienne de deux années au moins; car il y a bien autant que je ne t'ai pas aperçu.

—Oh! pas tant, dit Destroy.

—Au reste, mes livres font foi, dit Clément.

—Tu tiens aussi des livres?

—Certainement, repartit Clément dont le visage brilla de satisfaction, et un journal! Depuis le moment où j'ai eu cette idée, je puis rendre compte non-seulement de ce que j'ai reçu et dépensé, à un centime près, mais, encore de chacun de mes jours, heure par heure, minute par minute. Je veux te montrer cela.»

Il se leva en effet, et alla à son casier.

«Ce n'est pas la peine, disait Max; il me suffit de te savoir plus heureux.»

Clément insista.