Une vieille femme vint ouvrir. Avant que Max n'eût parlé, elle dit: «Monsieur n'est pas là.» Mais Clément qui, sans doute d'un observatoire secret, avait reconnu son ami, apparut au moment où celui-ci descendait l'escalier et le rappela.

«Viens par ici, lui dit-il en l'entraînant à travers plusieurs chambres, nous serons plus tranquilles. Ma femme garde le lit. On a dû la séparer de son enfant, puisqu'elle ne peut nourrir, et elle est très-souffrante. Tu la verras une autre fois.»

Ils furent bientôt installés dans une petite pièce qui rappelait un cabinet d'hommes d'affaires, à cause d'une bibliothèque en acajou, comblée de livres à reliure uniforme, d'un grand casier dont la double pile de cartons verts était séparée par des registres armés de métal poli, et d'un bureau devant lequel s'ouvraient les bras circulaires d'un fauteuil recouvert de cuir rouge.

«Tu n'as pas dîné, au moins? dit Clément à son ami…. Nous dînerons ensemble,» ajouta-t-il en tirant de toute sa force le cordon d'une sonnette.

La vieille femme accourut.

«Marguerite, cria Clément qui accompagna ses paroles d'une pantomime expressive, vous dresserez la table ici: vous mettrez deux couverts. Ne fais pas attention, dit-il ensuite à Destroy dont le visage accusait de la surprise et des préoccupations, la pauvre vieille est presque sourde.

—Je l'avais deviné à son air, repartit Max. Ce n'est pas pour t'entendre élever la voix que je suis étonné. A te parler franchement, depuis mon entrée ici, je ne remarque que des choses qui me confondent.

—Qu'est-ce qui t'étonne donc tant? demanda Clément.

—Comment! fit Destroy, quand on t'a vu, comme je t'ai vu pendant dix ans, vivre au jour la journée, changer d'hôtel tous les quinze jours, prendre racine dans les bals, te railler infatigablement de la vie bourgeoise, tu ne veux pas que je m'étonne de te trouver marié, père de famille, travaillant, économisant, vivant au coin de ton feu, ni plus ni moins qu'un notaire ou qu'un sous-préfet?

—C'est précisément parce que j'ai vécu ainsi, dit Clément avec assez de raison, que tu ne devrais pas t'étonner de me voir vivre d'une autre manière.