Frédéric s'arrêta et regarda Destroy avec étonnement.
«C'est une question que je me suis adressée plus d'une fois, fit-il en se croisant les bras. Il remarcha et poursuivit:—Sans compter que ce qu'on a trouvé dans son portefeuille était bien peu de chose, par rapport aux sommes qu'il venait de recevoir. Il m'est singulièrement difficile d'admettre, du caractère dont je le connaissais, que le remords se soit emparé de lui. Au total, je ne m'en cache pas, ce suicide n'a cessé d'être pour moi un problème.»
Il y avait moins de crainte que de surprise et de curiosité dans l'air dont Destroy s'écria aussitôt:
«Est-ce que vous croiriez?…
—Non, non, répéta le vieillard d'un air pensif. D'ailleurs, la justice, qui a de meilleurs yeux que les miens, n'a rien vu de louche dans cette mort.
—Au surplus, ajouta Max, sa fuite ou sa mort, c'était tout un: madame
Thillard et sa mère n'en étaient pas moins irrévocablement ruinées.
—Évidemment, répliqua Frédéric sur le point de quitter Destroy. Et, voyez-vous,—ici il prit un air capable et respira voluptueusement une énorme prise,—quand je songe à tout cela, je suis tenté de me demander ce que fait le bon Dieu là-haut!…»
IV.
Intérieur de Clément.
Clément occupait, dans une vieille maison située rue du Cherche-Midi, un appartement au troisième. L'ameublement, simple et propre, offrait, dans la forme et les couleurs, cette disparité des meubles achetés d'occasion chez divers marchands. On y avait évité avec soin tout ce qui était susceptible d'éveiller la tristesse. Aux murs et aux fenêtres des pièces élevées du logement, rempli de lumière, étaient un papier et des rideaux d'une nuance claire, semée de grosses fleurs rouges, vertes et bleues.