—Aurais-tu la prétention de voir plus clair en moi que moi-même.

—Oui, certes; car tu rappelles une lanterne sourde devant laquelle on a tiré le volet: celui-là même qui la porte ne peut pas voir la lumière qui est dedans.

—Ma conviction est telle, continua Clément, que je suis prêt à en tirer toutes les conséquences possibles. Il n'est au monde de respectable et de désirable que l'argent, et il n'est d'obstacle pour s'en procurer que la loi qu'il faut défendre jusqu'au jour où l'on peut la violer impunément. Le reste n'est que préjugé. Oui, oui, je l'atteste, demain je pourrais, sans encourir de peine, prendre un million dans la caisse d'un banquier, que je le ferais sans balancer.

—Que ne mets-tu tout de suite un meurtre à la place d'un vol?» fit
Destroy croyant lui causer de l'embarras.

Clément hésita en effet; mais son audace eut promptement le dessus. Avec une énergie sourde:

«Si un assassinat pouvait m'enrichir, dit-il, et que l'impunité me fût assurée, pourquoi ne le ferais-je pas?»

Max, par ses gestes, marquait la plus profonde incrédulité.

«Je m'obstine, dit-il avec l'accent de la conviction, à ne voir là que de monstrueuses fanfaronnades. On s'enivre avec des idées comme avec du vin, et tu es à ce degré d'ivresse où l'on ne se connaît plus.

—Tu tiens toujours, à ce qu'il paraît, dit Clément dont la chaleur de tête se tempéra tout à coup pour redescendre à la glace, à ce que je sois moins mauvais que je ne le prétends. Garde ton illusion: mon désir de te l'enlever ne va pas présentement jusqu'à me commander des aveux plus complets. Sache seulement, pour ta gouverne, que mon scepticisme est d'autant plus inébranlable que mon repos en dépend, et que, de par ma seule volonté, tes plus solides preuves n'auront jamais à mes yeux même l'importance des bulles de savon.»

Destroy regarda Clément avec surprise. Il se défendit d'avoir voulu prouver quelque chose. Il était d'avis qu'en métaphysique on ne prouve rien, ou, mieux, qu'on prouve tout ce qu'on veut, le pour et le contre, avec une égale force, et que le simple sentiment remporte souvent sur mille preuves rationnelles.